18.12.2009
Virgile
Par Moïra
«Et toi ?»
«Je sais pas. Je suis surtout en colère. Je crois.»
«Tu sais, ça sert à rien.»
«Ben ça sert à rien d'être triste non plus !»
C'est tout ce que nous nous sommes dit.
Nous somme restés là, assis dans le bac à sable abrité par le grand chêne du Jardin Public. On était en Juin, vingt heure, ni chaud ni froid, ni lumineux ni sombre.
On avait décidé que c'était le bon endroit, le bon moment pour un dernier hommage. Nous étions rentrés les premiers du cimetières et avions troqué nos habits noirs de proches éplorés pour notre tenue d'éternels ados.
Et on a enlevé nos chaussures, sans le dire, on savait pourquoi. Pour le souvenir de Virgile qui malgré les «Non ! Pas nus pieds dans le bac à sable, y'a des crottes de chien !» de Mamie, les enlevait toujours et allait les cacher dans un buisson plus loin. «Tu te laveras les pieds tout seuls si tu marches dedans, je te préviens !». Et sa grande fierté, c'était de n'avoir jamais marché dedans.
Marie buvait déjà sa bière. Elle n'avait pas pleuré, elle n'avait rien dit en fait. Virgile et moi, nous étions promis de veiller sur elle. Je dois le faire seul on dirait. Mais elle n'a jamais eu vraiment besoin de nous, Marie. La plus jeune des trois, peut être, mais pas la plus faible. Virgile l'écoutait même parfois. Il parait que derrière chaque grand homme il y a une grande femme. Il y avait Virgile et il y avait Marie et il y avait moi. Un peu à part, un peu trouillard et maladroit, je remettais tout de suite mes chaussures quand Mamie le disait. J'étais celui qui avait peur de passer son doigt très vite dans la flamme d'une bougie, celui qui refusait de monter trop haut dans l'arbre. Virgile ne craignait rien, même pas la mort visiblement...
J'ai pris une des deux bières restantes. Toujours sans rien dire. Et j'ai regardé la troisième, toute seule dans le sable. Je savais que Marie, comme moi, espérait entendre le crissement des graviers puis sa voix «Vous m'en avez gardé une j'espère !?». On voulait qu'il s'assoie aussi sur la vieille couverture et qu'il refasse le monde avec nous, qu'il nous parle de musique, de littérature, de peinture ou qu'il nous raconte les histoires des rois de France.
On a attendu, au cas où.... Quand la nuit est tombée, Marie a ouvert la dernière bière et l'a vidée dans le bac à sable. On a regardé le liquide s'enfoncer dans le sable, j'ai pris nos chaussures, Marie la couverture et nous sommes sortis du bac à sable.
J'ai senti quelque chose de mou sous mon pied. J'ai senti sur moi le regard de Marie. Je n'étais décidément pas Virgile...
19:20 Publié dans Jeu n°1 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note





Commentaires
Écrit par : zok | 06.02.2010
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