24.03.2010
Blanche Neige
par Lizly
Devant la énième vitrine, elle serra un peu plus son sac à main sous son coude.
Le matin même, elle s'était préparée pour être Julia Roberts et rejouer la fameuse séquence de la séance shopping. Elle avait longuement choisi ses vêtements dans la garde robe qu'elle s'apprétait à renouveler intégralement, s'était chaussée en prévision d'une longue journée, s'attardant sur les vestiges la vie qu'elle allait quitter très bientôt, consciente que la tenu qu'elle choisisait, c'était la dernière fois qu'elle la portait. D'ailleurs, tous ses achats du jour seraient livrés directement dans le nouvel appartement. A défaut de Richard Gere, elle avait loué les services d'un chauffeur à la tête ronde qui l'aiderait également à porter la multitude sacs et de cartons qu'elle allait forcément rapporter. Elle s'était maquillée avec un soin extrème et des produits qu'elle utilisait également pour la dernière fois, avait choisi des bijoux simples dont elle se séparerait sans regrets, et elle avait franchit la porte de chez elle le menton haut, le pas décidé, assuré. A la fin de cette journée, elle serait une princesse.
Tout était réunis pour que ça se passe comme au cinéma.
D'ailleurs, les figurants jouaitent le jeu à merveille : à peine franchissait-elle une porte que les conseils dévalaient, les flagorneries dégringolaient, la disponibilité servile de tous allait d'elle-même. Maintenant que sa photo avait fait le tour des médias... Les vitrines dégorgeaint de propositions provoquantes, les boutiques surabondaient de voix et de choix flatteurs, les rue pullulaient de boutiques alléchantes. Elle avait eu accès aux plus élégantes, provocantes, aguichantes, appétissantes, attrayantes, stupéfiantes, charmantes, fascinantes, attrayantes, des magasins les plus chics et chocs de la ville. Elle avait essayé mille vêtements, on l'avait remaquillée et parfumée dans toutes les boutiques de cosmétiques de la ville, elle avait laissé l'odeur de ses plantes de pieds dans la moitié des pointures 38 de la cité. Et encore, s'ils avaient su qu'elle portait dans son modeste sac à main et en grosses coupures presque la moitié de la cagnotte gagnée quelques semaines plus tôt ! Garder ses billets était de la folie pure mais toute cette histoire était tellement folle. Puis c'était si émoustillant de savoir ça. Et qu'ils l'ignorent.
Après presque six heures consécutives de cette agitation, elle avait congédié le chauffeur, parti avec la voiture mais sans le moindre carton ni sac.
Elle n'avait rien acheté. Même pas une paire de chaussures, de boucles d'oreille ou de collants.
Elle n'avait pas su. De louange en flatterie, de suggestion sur un ton faussement complice en proposition dithyrambique d'éloge encenseur, de soie moirée en dentelles faites mains, elle s'était perdue. Elle s'était sentie ridicule dans chacun des vêtements enfilés, ne reconnaissait plus ses yeux sous les fards posés par des professionnels, n'osait pas se levait de peur de trébucher dans ces chaussures plus chères que son salaire. Elle était restait presque muette, appréhendant d'utiliser un mauvais mot ou de s'arrêter sur un mauvais choix. Elle n'avait su que sortir en répétant à chacun qu'elle allait réfléchir... Etait-ce si compliqué de devenir une princesse ?
Se fut le tintement net et précis des talons puis le grondement des roues de la valise sur les pavés qui la renvoyèrent du monde fermé de ses pensées. Elle regarda cette femme et en quelques secondes, l'admira. Elle avait vu assez de vêtements, chaussures, accessoires et autres produits de beauté de luxe en une journée pour juger très vite que tout ce qu'elle portait était bon marché. Même la valise qu'elle trainait derrière elle ne valait pas grand chose et sa coloration était du "avec talent, mais fait maison". Pourtant, elle avait une présence, une prestance, une élégance, une classe ! Ce n'était même pas une question de beauté. On ne voyait qu'elle, dans cette rue. Une princesse.
Elle se retourna vers la vitrine, hésita juste assez pour pouvoir se convaincre a prosteriori qu'elle avait pris le temps de la reflexionet l'interpella :
- Mademoiselle ?
14:17 Publié dans Jeu n°3 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note






Commentaires
Écrit par : Izzie | 24.03.2010
Répondre à ce commentaireEt puis elle a la classe et un déhanchée diabolique aussi.. la princesse ; )
Écrit par : M1 | 24.03.2010
Répondre à ce commentaireMais j'aime bien l'idée d'Izzie aussi!
Écrit par : Thé Citron | 24.03.2010
Répondre à ce commentaire> M1 : J'étudie les contes en ce moment avec une classe, j'ai peut-être été un peu influencée sans m'en rendre compte. C'est vrai qu'elle a un sacré déhanché et une classe folle, même sur une image fixe ça se voit !
> Thé citron : Tu es généreuse en effet. Vos deux idées me plaisent. J'en ai d'autres.
Écrit par : Lizly | 25.03.2010
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