15.06.2010

Le 20 juin

Par BB

Jeu n°4 (Thé Citron).jpgL’homme est assis à sa terrasse. Il s’imagine comme un croisé tout dévoué à sa cause. Ses fidèles voient en lui un guide, un précurseur, un génie. Certains se laissent corrompre par les plaisirs de la chair ou par les fausses joies des biens matériels. Lui est un ascète, il n’apprécie que peu de choses. La vue sur ses chères montagnes, un thé chaud mais pas trop et son stylo, celui qui lui permet de signer les lettres que ses secrétaires lui écrivent.

Mais avant de boire son thé, il faut lire le courrier que Rudi lui a apporté. Non pas Rudi, c’est vrai, il l’a trahi, comme sa main le trahit parfois, une conséquence de ses blessures du temps où il n’était pas encore lui-même, pas encore conscient de la réalité de ce monde. Heureusement Martin, fidèle et dévoué, est là. Il note tout ce qui jaillit de l’intellect de l’homme assis.

Un petit coup de vent déplace ses cheveux, mais sa main ferme pour une fois répare cet affront. L’odeur du thé le ramène à la réalité, il faut lire tous ces rapports toujours trop longs et trop éloignés de ce que pense et ressent la population. Heureusement, lui sait ce que veut son peuple, et il va lui donner. Jésus est mort sur sa croix, Odin a sacrifié un œil pour la connaissance, lui donne sa vie, son énergie pour eux.

Les nouvelles du sud sont excellentes, il faut donc maintenant faire ce qui était prévu avant ce retard. Aller vers le soleil levant pour sauver la civilisation des hordes barbares, et offrir leur vraie destinée à ceux qui le méritent. Mais il hésite. Si c’était le pari de trop, celui qui ferait tout perdre. Le gros promet qu’il réussira cette fois et le fermier garantit que la place sera nettoyée avant l’arrivée des premiers colons. Ils lui disent tous que cela ne peut pas échouer, même les lois de la nature le garantissent. Le rouge se dilue dans le brun, tout le monde le sait.

Il prend sa tasse, hume son thé, encore un peu chaud. Au loin, un aigle plane au dessus des cimes. Il se dirige vers l’est, impérial. La décision est prise, il vide sa tasse, prend son stylo, et signe.

« Martin, envoyez ce message à Keitel et von Brauchitsch. ».

Avant que son secrétaire ne quitte la pièce, il ajoute :

« Martin, nous allons changer le monde, aujourd’hui, le Reich a définitivement choisi la voie de la grandeur. »

Sur ces mots, il se resservit une tasse de thé.

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