30.12.2010
Chaud Froid
Par Monsieur Normal
Je suis chaude. Je n’ai jamais rien compris aux histoires de température. On dit qu’il faut se couvrir pour se réchauffer. On dit tellement de choses. Moi, pour me réchauffer, je me découvre... Et je t’appelle. Ça ne marche pas à tous les coups.
Ton emploi du temps me laisse rêveuse.
Ton emploi du temps me laisse.
Ton emploi du temps me laisse du temps.
Du temps libre, des heures infinies que je dévore, le nez collé à la vitre. Tiens, il neige.
Tu es encore parti si vite. Je rêve du jour ou tu prendras cinq minutes pour me parler, me serrer doucement, au moins m’aider à fermer la fermeture de cette robe que je ne mets que pour toi.
Cette robe est à toi. Les cadeaux que tu fais restent en ta possession, curieusement. Et c’est ceux qui les acceptent qui finalement t’appartiennent.
Moi, je ne l’aurait jamais achetée cette robe au col bien trop épais que je ne porte que pour t’attendre, ce que je fais le long des jours, toi qui ne viens si peu me voir qu’on dirait presque que tu viens jamais.
Tu sais pourtant que je n’ai rien dessous, que je suis nue, que je suis là. Tu le sais juste un petit peu trop, au point de n’avoir plus besoin de me voir ou de me toucher. Tu sais aussi que je ne m’ennuie jamais, cet hiver qui m’aura gâtée, passé à contempler les toits disparaître sous les flocons. À imaginer la morsure du froid, de la neige glacée que je ne connaîtrai jamais, enfermée dans cet appartement.
Ici, j’ai chaud, un réseau puissant me déverse le monde sur un écran et je me nourris de livraison.
Pourtant une fois, lors d’un sursaut de volonté, j’ai essayé de te prendre les clés que tu ne m’as jamais données. Mais quel besoin à satisfaire à l’extérieur que je n’ai pas à l’intérieur ?
N’ayant que très peu d’arguments, je suis retournée au lit m'allonger.
Et depuis je t’attends, priant qu’on ait menti sur l’accident, on dit tellement de choses.
Ta voiture sur l’autoroute, une plaque de verglas, le coma.
Moi, je ne crois que ce que je vois.
Et le reste du temps, je t’attends.
14:32 Publié dans Jeu n°5 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note





Commentaires
C'est surtout très joliment écrit, avec finesse.
Écrit par : Zette | 30.12.2010
Répondre à ce commentaireBravo monsieur Normal !
Écrit par : a | 30.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : marie.sibold@free.fr | 10.01.2011
Répondre à ce commentairePerplexe étant le seul mot que je trouve à mettre sur ce sentiment que je ne sais pas définir. Bizarre.
J'aime énormément, je l'ai lu une fois, et je sens qu'il faudrait que je le relise encore et encore pour en saisir la signification, le sens. Car il me semble qu'il y a quelque chose au-delà des mot.
(et là, je passe pour une folle...)
Écrit par : Gabrielle | 20.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : monsieurnormal | 24.01.2011
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