15.01.2011

Un avenir blanc

Par Isabio

Marlène jeu n°5.jpgQuelle est belle et gracieuse, mais si fragile encore". Annie observait la finesse des jambes d'Elise. Elle admirait aussi sa facilité à se balader en tenues légères dans l'appartement. Elle-même n'osait jamais passer au-dessus du genou. Il fallait vraiment un temps caniculaire pour qu'elle acceptât de se mettre en short. Pour le moment, le froid était tenace et de voir sa fille suspendue à la fenêtre, malgré le chauffage suffisant du salon, cela lui donnait des frissons.
Elle se rapprocha de l'insert et reprit dans sa lecture.

Elise colla plus fortement son front au carreau pour en saisir toute la froideur possible.
Elle se serait bien immergée nue dans la couche de neige qui recouvrait le parc, il devait y avoir un mètre d'épaisseur au moins. Plonger de la terrasse, se laisser aller, atterrir en douceur dans ce tapis blanc, vierge. Se cacher du monde tout en respirant la liberté. Etre saisie par l'ivresse du froid. Exister, sensation procurée par cette enveloppe cristalline: quelqu'un vous tient, quelqu'un vous porte, quelqu'un vous supporte. Etre vraiment, et entière. Sans préjugé, sans parole.

Annie abandonna sa lecture sur ses genoux tout en basculant sa tête sur le fauteuil. Les yeux mi-clos, son attention retourna vers Elise. "Arrivera-t-elle un jour à savoir ce qu'elle veut ? Nous l'avons peut-être trop protégée des maux du dehors."Elle la sentait prisonnière de leur lieu de vie. Ce n'était pas faute de l'inciter à sortir. Mais toutes ses amies ressemblaient à des fantômes qui se manifestaient parfois aux vacances scolaires. Elle semblait incomprise de tous. Pourtant, elle avait ce don, celui de la musique. Chanter, jouer du piano, pour cela, elle n'avait pas de problème. Mais elle avait craint d'avancer, de passer des concours, de partir étudier ailleurs. Elle avait encore besoin d'eux et semblait souffrir à l'idée de quitter sa famille.

Elise s'imaginait dans les bras glacé de ce blanc manteau. Les bras d'un homme lui eurent tout aussi bien convenus. Est-ce qu'un jour il viendrait ? La vie n'est pas un conte, elle savait bien, mais le rêve soulage. Elle ne voulait pas non plus se prostituer pour attirer leur attention. Non, ce qu'elle voulait, elle, c'était un peu d'amour, un être capable de saisir sa sincérité et sa candeur. D'ailleurs elle s'évertuait à lisser ses longs cheveux blonds dans l'espoir que leur magnificence attire l'être cher. Tout cela ne servait à rien. "Arrête de rêver ma vieille, regarde-toi en face dans une glace : tu n'as rien de spécial, tes jambes sont maigres, tu es plate, tu nez est difforme, ta bouche trop mince pour être embrassée". Une larme coula sur sa joue.

Annie pensait qu'une coupure était nécessaire. Pas un voyage chez une tante ou séjour pour jeunes adolescents. Non, une espèce de voyage initiatique. Partir loin pour ne plus penser à soi, voir la vraie vie, celle qui est crue, incontournable. Connaître le monde et les gens différents qui y vivent. Oui, mais comment faire. Comment sortir de l'engrenage infernal métro-boulot-dodo quand on n'a pas d'économie. Annie portait sa souffrance en silence, comme cet épais manteau de neige qui semblait tout cacher, tout adoucir.

Un halo de vapeur formé pas sa respiration lui cachait désormais le paysage. Elle tenta de presser ses joues rosies sur la vitre pour se contenir et cacher à sa mère son émotion. Son regard noircit pour se donner de la contenance, elle s'écarta doucement de la vitre en regardant le sol, espérant qu'Annie serait encore plongée dans son livre. Mais la voix familière la questionna :
"ça va ma chérie ?
- Ouai, je vais dans ma chambre écouter de la musique."

Commentaires

UN joli chaud-froid entre une mère et sa fille.

Écrit par : Zette | 15.01.2011

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Elle dans son rêve. L'autre dans son regard sur sa fille, un regard qu'elle ne peut détacher et qui monologue. Deux mondes qui se côtoient sans échange. Peut-être le reflet de beaucoup d'a-relation des ados avec leurs parents, des parents avec leurs ados.

Écrit par : L'Oeil qui court | 20.01.2011

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Bon, quand mes filles seront ados, j'espère que nos communications seront plus aisées.

***

Pour revenir à ton texte, il manque un tout petit peu de polissage, quelques petites retouches de forme m'aurait permi de mieux rentrer dedans.
Quelque fois, je suis sorti de l'histoire parce que certaines tournures m'ont géné.
Conséquence, je l'ai plus apprécié en le relisant qu'à la première lecture.
Cependant, le non-échange silencieux entre la mère et la fille est une très bonne idée et bien géré, le retour sur les jambes d'Elise en est un exemple.

Écrit par : BB | 16.03.2011

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En réponse à BB,

Merci pour les conseils,

C'est en effet la première fois que j'écris sur ce type d'échange et je manque de recul, de pratique bien sûr.
Qu'entends-tu par "polissage" ? Peux-tu éclairer ma lanterne ?

Quant au thème de l'adolescence, rien n'est prévisible. On peut être les meilleurs éducateurs et passer à côté d'une étape tant elle sera intériorisée. N'avons-nous pas ,nous même qui aimons écrire, un monde intérieur relativement secret aux yeux de nos proches ?

Écrit par : Isabio | 20.03.2011

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Alors, tout ce que je dis après ce n'est que mon opinion, et donc n'a qu'une valeur que très relative (chacun son écriture et son style)

C'est un petit peu difficile à expliquer, mais par exemple, tu écris:
"La vie n'est pas un conte, elle savait bien, mais le rêve soulage."
Je trouve qu'en écrivant:
La vie n'est pas un conte, elle LE savait bien, mais le rêve soulage.
La phrase devient plus aisée à suivre et à lire.
La phase "polissage", c'est attendre un ou deux jours et relire son texte à froid, à voix haute si possible, pour voir partout où cela bloque, mais aussi expliciter (si nécessaire ou si on le désire) certains passages et en simplifier (voir supprimer) d'autres.

Écrit par : BB | 25.03.2011

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En réponse à BB,

Excuse-moi d'avoir tardé à répondre, la vie a ses obligations...
Je vais tenter de tenir compte de ta remarque, même si elle reste "relative" comme tu dis.
Il est vrai que j'ai écrit ce texte comme une urgence et comme je craignais réellement qu'il ne soit trop tard pour le publier dans le jeu, j'avoue ne pas avoir pris le recul nécessaire. Mais d'un autre côté ce genre de challenge me plait assez.
Merci tout de même pour les remarques.

Écrit par : Isabio | 01.04.2011

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