20.04.2011

L'Endimanché

Par Monsieur Normal

Photomaton.pngJe suis l’endimanché.
Mes amis de l’apéro dominical ricanent.
Pour eux, mon style, mes efforts et mes choix sont vains, ce ne sont que des bouts de tissus par dessus de la chair éphémère. Leur volonté de ne ressembler à rien étant ce qu’elle est, farouche, il me couvrent de quolibets, de la tête aux pieds. Me voilà doublement bien habillé.
Mais qui se souvient le dimanche, vers 11h45, alors que les verres se vident sur le feu des tapas, attisés au soleil zénithal, que dans quelques heures grossira l’infâme, celle qu’on appelle la boule, celle qui rajoute dans nos cœurs quelques unes de ses tonnes oubliées d’acide étouffant ?
Elle annoncera, je le sais déjà, l’urgence de reprendre des forces pour demain où tout recommencera. Ou tout s’arrêtera, c’est selon.
Moi, je ne la dilue dans rien, la regarde toujours en face et aujourd’hui je suis prêt. J’ai passé des années à trier, classer, essayer des tonnes de fringues. Car débloquer l’ultime étape sur laquelle je butais dans ce voyage insensé nécessitait la tenue idéale.
Je l’ai !
On a, jusque sur ce forum, raillé mes chaussures Richelieu de chez John Foster, prétendu que de loin sur la photo, elles semblaient des tennis blanches qui ne s'assortissaient d’aucune manière avec un pantalon foncé ?
On ne voit que ce que l’on veut.
Et j’aurais surement baissé les bras si Dali ne m’avait dit :
- Toi, je te vois, tu es l’œuf. Assis-toi prêt de moi. Et quand la foule aura passée, pressée par ce lundi toujours recommencé, fulgurant pourvoyeur de fumier, toi, par cette cabine automatique, photographique, fantasmagorique, tu passeras de mon côté. Viens ici, tu verras.
Depuis, après des heures, des années d’attente, aucun lundi n’est revenu.
Je vis auprès du fou.
Je suis bien assis.
Sans aucune idée de l’heure qu’il est.
Délivré.

Commentaires

Beaucoup de poésie ici, j'aime l'évolution du texte, celle de l'atmosphère.

Écrit par : Gabrielle | 24.04.2011

Répondre à ce commentaire

Merci bcp !
Je ne sais pas s'il y a une évolution dans le texte mais plus j’écrivais plus je me sentais glisser. Heureusement que j'avais prévu un texte court !

Écrit par : monsieurnormal | 25.04.2011

Répondre à ce commentaire

ça m'a rappelé quand je prenais le métro, que je restais assise à regarder passer les gens et les métros...

Apprécié.

Écrit par : librellule | 28.04.2011

Répondre à ce commentaire

Merci Librellule,
j'aime bien aussi observer les observateurs !

Écrit par : monsieurnormal | 29.04.2011

Répondre à ce commentaire

Le basculement, tout en douceur, vers... la poésie, le fantastique, la légèreté...

Écrit par : Lizly | 12.05.2011

Répondre à ce commentaire

Merci Lizly.
Je suis bien content d'avoir pu exprimer une espèce de légèreté.
Parce que j'aurais pu dire aussi qu'on est cloué pour l'éternité sur un tabouret de photomaton, qu'il est même pas réglé à notre taille, que de toute façon on n'a pas la monnaie et que donc le flash, on va pouvoir l'attendre longtemps !
Tout n'est que façon de voir ?

Écrit par : monsieurnormal | 12.05.2011

Répondre à ce commentaire

Tu as de quoi faire un deuxième texte avec cette idée là !

Écrit par : Lizly | 18.05.2011

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.