15.01.2011
On y est
Ce n'est pas toujours facile de trouver les mots pour clore un jeu. Mais voilà, il faut bien s'arrêter à un moment donné et ce dessin nous régale depuis plusieurs semaines déjà. Puis, les habitués le savent et les nouveaux vont l'apprendre, on n'est pas très à cheval sur les délais et si vous nous envoyez vos participations dans le prochains jours, on les acceptera volontiers.
Puis il reste des choses à dire.
Déjà, merci à tous les participants. Mais pas un merci pour la forme. Un vrai merci, du fond des tripes, parce qu'offrir ses mots, offrir ses textes, juste pour le plaisir d'écrire et de partager est un geste fantastique.
A nouveau un grand merci à Marlène pour avoir prété son dessin à nos imaginations fertiles. J'espère que tu auras apprécié ce que nous en avons fait.
Et merci pour tous les messages d'encouragement, de soutien, de félicitations, ça touche beaucoup, même si on ne le dit pas à chaque fois.
S'il n'est plus temps d'écrire, il est toujours temps de lire et de commenter ! Les échanges autour des textes font indiscutablement partie du jeu. Alors faites v/nous plaisir et donnez vos avis, partagez vos sentiments et vos points de vue avec tous.
Enfin, un point de gestion. Nous n'avons refusé aucune participation donc si votre texte n'est pas en ligne, c'est qu'il nous a échappé alors faites nous signe. A priori, la listes des auteurs dans la colonne de gauche est à jour aussi mais un oubli arrive vite, alors n'hésitez pas non plus à le signaler.
Allez, assez de blablas, à bientôt pour un prochain jeu !
La liste des participations au 5e jeu :
- Le Bateau Pirate par Zok
- 9/11 par Izzie
- Départ ? par Saravati
- L'organisation par BB
- Là-bas par Solo
- Un petit avant goût de... par Lady M
- Bonjour, je m'appelle Kaya... par La Dilettante
- Il neige par Cécile
- Le rêve de Nono par Emmanuel
- Il y a des vues qui donnent envie... par M1 (publié chez Marlène)
- La fée bleue n'a pas 16 ans par Lizly
- Gros kiff sur l'art par Appas
- Je rumine dans mon coin par Ckan
- Désir par Imagine
- Aux confins d'un monde défunt par Michèle
- Prélude par la Dame du CDI
- De Dali à aujourd'hui par BenjP
- Quatre mois et demi par Thé Citron
- Une jeune fille bien encadrée par Bibi
- 5th avenue par Val
- Une lueur d'espoir par Sushiesan
- Décalée par Madame Kévin
- Un jour par Saravati
- Obsession par Anne Laure
- Elle s'appelait Marie-Noël par Gaël
- Fantaisie d'hiver par Vallenain
- Ce dos... par Stéphane Antonini
- Mon premier hiver à New York par Marjorie
- Visions par Amarine
- Démons par Stéphane Antonini
- La dernière fois par Justine
- Trop de bruit par CecilB2000
- L'ange par Archibalt
- Merde, il neige ! Par Poulopot
- Première neige par Bloody Mary
- La dernière par AïeAïeAïe
- Tombe la neige ! Et ma main tu la vois ma main ? par Jacinthe et Petra
- Encore... par La Vie Révée d'Une Fée
- Un bain chaud l'attend... par Charlotte
- Les lendemains avides par Livvy
- Mais que fait-il ? par Angelita
- Chkling. Poum. Bam. Cloc. par Noisette
- Au pied de la tour par Zette.
- Les ombres chinoises par Captain
- Par la fenêtre par Clara
- Rêverie d'une mère par Léthé
- Le fenêtre aux alouettes par Pascalealafraise
- Résignée par Béalapoizon
- Nuits étrangères par Kazie
- Dis Maman ? par Claire
- Le dédain de son dos par Izzie
- Moi dans ma maison vide... par Meloax
- Il a neigé sur Yesterday par Mme tout Va Bien
- Demain est un autre jour par Loupy
- Neige en décembre, Noël le 25 par Une Blonde à la Ville
- Papa est mort ma chérie par Snae
- Le pli du genou par Des petits riens
- Attente et insomnie par Annick
- Les frissons par Manon
- Parler de la météo... c'est bien ! par Demande à Maman
- Confessions écrites par Georges
- On entendait à peine son pouls par La Plume et la Page
- Comme une partie de Cluedo par Lizly
- Neiges par Ma Cocotte (et alors ?)
- L'éponymye par Anaïs
- Un peu d'écriture... par Hérisson08
- Cunulus canorus par Deirbhile
- Je me rappelle Yves Navarre par Cricri S.
- Préméditation par Amarine
- White par La Femme coupée en deux
- Froid de loup par Valérie
- La neige de Flora par Maire Sourire
- La maison au milieu des arbres brulés par Colibri
- Arght ! par AïeAïeAïe
- Un Noël à Tahititi par Aurélie (TheBest)
- Dans le pastel du ciel par Pascale-Saphoo
- Out of the blue par Fanny
- C'est la fin du moooooonde par Izzie
- Sur un air d'Harmonium par Jean-Jacques
- Il neige... par L'or des chambres
- De la buée sur ma fenêtre par Marlène
- Des soleils et des fleurs par Céleste
- Au-delà des tours par Bulles d'infos
- Presque trop tard par Gabrielle
- Elle rêve, Marie, elle rêve par Sophie L.
- Chaud froid par Monsieur Normal
- Le silence de Paul par Naniloup
- Des pétales blancs descendent de là haut, tout là haut par Marie
- Un avenir blanc par Isabio
14:35 Publié dans Jeu n°5, Tous les jeux | Lien permanent | Commentaires (32) | Envoyer cette note
Un avenir blanc
Par Isabio
Quelle est belle et gracieuse, mais si fragile encore". Annie observait la finesse des jambes d'Elise. Elle admirait aussi sa facilité à se balader en tenues légères dans l'appartement. Elle-même n'osait jamais passer au-dessus du genou. Il fallait vraiment un temps caniculaire pour qu'elle acceptât de se mettre en short. Pour le moment, le froid était tenace et de voir sa fille suspendue à la fenêtre, malgré le chauffage suffisant du salon, cela lui donnait des frissons.
Elle se rapprocha de l'insert et reprit dans sa lecture.
Elise colla plus fortement son front au carreau pour en saisir toute la froideur possible.
Elle se serait bien immergée nue dans la couche de neige qui recouvrait le parc, il devait y avoir un mètre d'épaisseur au moins. Plonger de la terrasse, se laisser aller, atterrir en douceur dans ce tapis blanc, vierge. Se cacher du monde tout en respirant la liberté. Etre saisie par l'ivresse du froid. Exister, sensation procurée par cette enveloppe cristalline: quelqu'un vous tient, quelqu'un vous porte, quelqu'un vous supporte. Etre vraiment, et entière. Sans préjugé, sans parole.
Annie abandonna sa lecture sur ses genoux tout en basculant sa tête sur le fauteuil. Les yeux mi-clos, son attention retourna vers Elise. "Arrivera-t-elle un jour à savoir ce qu'elle veut ? Nous l'avons peut-être trop protégée des maux du dehors."Elle la sentait prisonnière de leur lieu de vie. Ce n'était pas faute de l'inciter à sortir. Mais toutes ses amies ressemblaient à des fantômes qui se manifestaient parfois aux vacances scolaires. Elle semblait incomprise de tous. Pourtant, elle avait ce don, celui de la musique. Chanter, jouer du piano, pour cela, elle n'avait pas de problème. Mais elle avait craint d'avancer, de passer des concours, de partir étudier ailleurs. Elle avait encore besoin d'eux et semblait souffrir à l'idée de quitter sa famille.
Elise s'imaginait dans les bras glacé de ce blanc manteau. Les bras d'un homme lui eurent tout aussi bien convenus. Est-ce qu'un jour il viendrait ? La vie n'est pas un conte, elle savait bien, mais le rêve soulage. Elle ne voulait pas non plus se prostituer pour attirer leur attention. Non, ce qu'elle voulait, elle, c'était un peu d'amour, un être capable de saisir sa sincérité et sa candeur. D'ailleurs elle s'évertuait à lisser ses longs cheveux blonds dans l'espoir que leur magnificence attire l'être cher. Tout cela ne servait à rien. "Arrête de rêver ma vieille, regarde-toi en face dans une glace : tu n'as rien de spécial, tes jambes sont maigres, tu es plate, tu nez est difforme, ta bouche trop mince pour être embrassée". Une larme coula sur sa joue.
Annie pensait qu'une coupure était nécessaire. Pas un voyage chez une tante ou séjour pour jeunes adolescents. Non, une espèce de voyage initiatique. Partir loin pour ne plus penser à soi, voir la vraie vie, celle qui est crue, incontournable. Connaître le monde et les gens différents qui y vivent. Oui, mais comment faire. Comment sortir de l'engrenage infernal métro-boulot-dodo quand on n'a pas d'économie. Annie portait sa souffrance en silence, comme cet épais manteau de neige qui semblait tout cacher, tout adoucir.
Un halo de vapeur formé pas sa respiration lui cachait désormais le paysage. Elle tenta de presser ses joues rosies sur la vitre pour se contenir et cacher à sa mère son émotion. Son regard noircit pour se donner de la contenance, elle s'écarta doucement de la vitre en regardant le sol, espérant qu'Annie serait encore plongée dans son livre. Mais la voix familière la questionna :
"ça va ma chérie ?
- Ouai, je vais dans ma chambre écouter de la musique."
14:34 Publié dans Jeu n°5 | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
08.01.2011
Des pétales blancs descendent de là-haut, tout là-haut
Par Marie
Depuis son lit, elle se voit. Elle se tient debout, le front appuyé à la fenêtre. La pénombre du soir hivernal l’enrobe d’un halo bleuté. Quelques flocons arrivent de là-haut, tout là-haut sans précipitation. Ils teintent la nuit encore claire de pétales blancs.
Cela fait quelques heures qu’elle est couchée.
Quand elle s’était réveillée, tout lui avait paru normal.
Mais son souffle rauque avait commencé par attirer son attention.
Puis le rythme de sa respiration hachée, qui s’était faite douloureuse.
Elle avait voulu allumer la lampe de chevet, prendre le verre d’eau sur la table de nuit. Elle n’avait pu déplacer son bras. Mais elle l’avait vu s’approcher du verre alors même qu’il était allongé le long de son corps sur le lit.
Elle avait peur maintenant. Elle voulait appeler. Que quelqu’un vienne, la rassure. Qu’on lui donne des médicaments pour cette poitrine qui brûlait. Qu’on lui explique ce qui se passait.
Elle tentait de toute sa faible vigueur d’appeler. On ne lui répondait pas.
Elle même n’entendait pas le son de sa voix. Les mots se formaient seulement dans sa tête. Ses oreilles ne percevaient que le sifflement qui s’échappait des ses poumons de plus en plus rapide et bref.
Des pas vifs arrivaient dans le couloir. Bien qu’elle ne pût tourner la tête, ses yeux se portèrent au niveau de la porte de la chambre. Elle était entrebâillée. On ne pouvait voir le couloir de son lit. Mais elle vit la silhouette rose passer sans s’arrêter, sans jeter un coup d’œil.
Elle avait crié de toute la force du silence.
Le silence qui régnait maintenant opaque dans la chambre. Le sifflement de ses poumons s’était tu.
Elle était restée de longues minutes, yeux grands ouverts à sentir la présence des murs, la masse des meubles, la qualité des matières. Elle apprivoisait ces sensations, s’approchant à distance de la chaise, de la table, puis de la potence. Elle écoutait son corps qui s’était tu, ressentait ses muscles qui ne respiraient plus, ses veines qui ne s’écoulaient plus.
Elle avait enfin dirigé son attention vers la fenêtre bleue aux pétales blancs qui descendent de là-haut, tout là-haut. Elle s’était vue debout là-bas, sa natte dans le dos.
« Tiens, mais où est passé mon pyjamas d’hôpital ? »
12:48 Publié dans Jeu n°5 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Le silence de Paul
Par Naniloup
Les flocons recouvraient les toits de la ville d'un mince tapis blanchatre. Liane regardait par la fenêtre. Elle n'avait aucune nouvelle de Paul depuis trois semaines. Et pourtant, ils s'étaient quittés sous les meilleurs hospices avec la promesse de se revoir très vite. Mais, dès le lendemain, il n'avait plus donné signe de vie.12:45 Publié dans Jeu n°5 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
30.12.2010
Chaud Froid
Par Monsieur Normal
Je suis chaude. Je n’ai jamais rien compris aux histoires de température. On dit qu’il faut se couvrir pour se réchauffer. On dit tellement de choses. Moi, pour me réchauffer, je me découvre... Et je t’appelle. Ça ne marche pas à tous les coups.
Ton emploi du temps me laisse rêveuse.
Ton emploi du temps me laisse.
Ton emploi du temps me laisse du temps.
Du temps libre, des heures infinies que je dévore, le nez collé à la vitre. Tiens, il neige.
Tu es encore parti si vite. Je rêve du jour ou tu prendras cinq minutes pour me parler, me serrer doucement, au moins m’aider à fermer la fermeture de cette robe que je ne mets que pour toi.
Cette robe est à toi. Les cadeaux que tu fais restent en ta possession, curieusement. Et c’est ceux qui les acceptent qui finalement t’appartiennent.
Moi, je ne l’aurait jamais achetée cette robe au col bien trop épais que je ne porte que pour t’attendre, ce que je fais le long des jours, toi qui ne viens si peu me voir qu’on dirait presque que tu viens jamais.
Tu sais pourtant que je n’ai rien dessous, que je suis nue, que je suis là. Tu le sais juste un petit peu trop, au point de n’avoir plus besoin de me voir ou de me toucher. Tu sais aussi que je ne m’ennuie jamais, cet hiver qui m’aura gâtée, passé à contempler les toits disparaître sous les flocons. À imaginer la morsure du froid, de la neige glacée que je ne connaîtrai jamais, enfermée dans cet appartement.
Ici, j’ai chaud, un réseau puissant me déverse le monde sur un écran et je me nourris de livraison.
Pourtant une fois, lors d’un sursaut de volonté, j’ai essayé de te prendre les clés que tu ne m’as jamais données. Mais quel besoin à satisfaire à l’extérieur que je n’ai pas à l’intérieur ?
N’ayant que très peu d’arguments, je suis retournée au lit m'allonger.
Et depuis je t’attends, priant qu’on ait menti sur l’accident, on dit tellement de choses.
Ta voiture sur l’autoroute, une plaque de verglas, le coma.
Moi, je ne crois que ce que je vois.
Et le reste du temps, je t’attends.
14:32 Publié dans Jeu n°5 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
17.12.2010
Elle rêve, Marie, elle rêve
Par Sophie L.
Marie est une jeune fille - pas tout à fait une femme - de 20 ans. Elle les a fêtés la veille en compagnie de ses parents et de ses deux sœurs. Son père a longuement regardé son aînée souffler les bougies dont la cire dégoulinait sur le gâteau marbré. Leurs regards se sont croisés, il lui a souri franchement avec dans les yeux cette fierté propre aux pères envers leurs filles. Elle les a baissés, intimidée par cette déclaration, submergée par l’émotion. Elle aurait voulu se serrer dans ses bras, lui murmurer qu’elle aussi l’aimait.
Seulement, dans la famille de Marie, la bienséance l’emporte sur les débordements, quels qu’ils soient. Lorsqu’on pénètre chez eux, l’atmosphère lisse et feutrée de l’appartement produit un effet apaisant immédiat sur l’étranger en visite. Tout y est parfaitement à sa place, tant les objets que les occupants de ce six pièces citadin. Sa mère, accueillante, d’une sobre élégance, veille à ce que chacun ne manque de rien, tout en contrôlant, d’un froncement de sourcil, le moindre excès inopportun.
Les camarades de Marie ont toujours aimé se réfugier dans cette ambiance réconfortante, fuyant un foyer électrique pour l’une, un vide trop encombrant pour l’autre. Longtemps elle en a retiré un certain orgueil, heureuse que l’harmonie familiale puisse susciter admiration et envie.
Et puis, en grandissant, elle fut autorisée à passer quelques soirées chez ses amies, découvrant alors un univers où les portes claquent, où les paroles volent haut, et où les embrassades succèdent aux gifles. Décontenancée au début par cette avalanche d’énergie, c’est avec soulagement qu’elle regagnait la tranquillité rassurante du domicile familial. Saoule de tant de démesure, elle se réfugiait dans sa chambre, ouvrait sa fenêtre et se perdait dans la contemplation des toits de la capitale.
Aujourd’hui, au lendemain de ses 20 ans, Marie est devant sa fenêtre ouverte.
Le froid a envahi la pièce et pourtant, elle étouffe. Dehors, elle sent l’agitation qui s’est emparée de la ville à l’approche des fêtes de Noël : les lumières clignotent d’impatience, les flocons dansent une valse désarticulée et elle s’attend presque à voir surgir de derrière l’étoile du berger le Père Noël venu lui apporter son cadeau.
Marie rêve d’un cadeau qu’elle ne peut commander, qui ne peut s’acheter, qu’elle n’oserait demander à ses parents tant elle craint de les peiner.
Marie n’en peut plus de se contenter de contempler les toits de Paris.
Marie veut s’envoler et découvrir d’autres toits.
Marie veut crier, rire à gorge déployée, sortir dans la rue habillée comme l’as de trèfle, ou même de pique.
Marie veut être aimée fougueusement et prendre le monde entier pour témoin.
Marie veut, rêve, imagine, souhaite, idéalise, désire, soupire…
Et pourtant, Marie, vingt ans à peine passés, referme tout doucement la fenêtre…
18:13 Publié dans Jeu n°5 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
10.12.2010
Presque trop tard
Par Gabrielle
Dernier jour.
Tout est éparpillé dans la chambre, le ventilateur tourne, et moi je ne fais rien.
Sur le balcon, je respire l'air du soir.
Les lumières de la ville brillent, les fenêtres des buildings vivent, grandes ouvertes ; les gens sont chez eux.
J'entends la télévision des voisins cracher des rires exaspérants.
Je ne sais pas quoi faire, il faudrait que je commence quelque part mais je ne sais pas où.
Je voudrais rester là, ne plus partir.
Je sais pas que ce n'est pas possible, et que je n'en ai pas vraiment envie. Je crois juste que je commence à m'attacher un peu à cet endroit, maintenant que je peux y vagabonder au gré de mes pensées. Je commence à y avoir de petites habitudes.
Presque trop tard : demain soir, je serai déjà loin.
Le ventilateur tourne et brasse l'air chaud devant mes chevilles gonflées.
Je suis bien, là.
Seule, et le monde dehors m'appartient.
19:04 Publié dans Jeu n°5 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
03.12.2010
Au-delà des tours
Par Bulles d'infos
Comme presque tous les soirs, elle est à sa fenêtre. Du 9e étage on a une vue imprenable sur les alentours. Elle regarde au-delà des tours, là où les lumières du soir font comme un tapis scintillant.
© Marlène
Elle regarde loin, là où les gens vivent dans des vraies maisons avec des jardins. Comme il doit faire bon vivre dans ces maisons baignée par ces lumières douces. Peut-être même y a-t-il des feux de cheminée.
Mais ce qui l’attire encore plus, c’est ce qui existe après le tapis scintillant. Plus loin encore, il y a cette ville immense qu’on appelle la Ville Lumière. C’est au cœur de cette ville que tout se passe, que des choses excitantes et passionnantes se produisent chaque minute. La vraie vie commence là-bas, bien au-delà des tours.
Ici c’est l’antichambre de la vie où l’ennui semble infini. Mais tout cela prendra fin un jour prochain. Pas demain, ni dans une semaine mais cela arrivera, elle s’en fait la promesse. Tant d’étapes restent à franchir. Il faudra juste trouver le moyen de ne pas mourir d’ennui d’ici là. Heureusement qu’il y a cette fenêtre en attendant.
23:03 Publié dans Jeu n°5 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
30.11.2010
Des soleils et des fleurs
Par Céleste
J’appuie mon front contre la vitre et je souffle doucement. Dans la buée, je dessine des soleils et des fleurs.
Il neige et je suis seule. Je ne suis pas allée au collège. Je suis malade, « encore ! » a dit maman en soupirant.
Depuis que nous avons déménagé, j’ai souvent de la fièvre, je tousse beaucoup. « C’est à cause de la pollution !» a dit mamie quand elle est venue. Ensuite, elle a reproché à maman d’avoir déménagé, ou plutôt d’avoir quitté papa. Maman lui a répondu qu’elle ne savait pas de quoi elle parlait, comme d’habitude elles se sont disputées et je me suis réfugiée dans ma chambre.
Maman travaille beaucoup. Elle part tôt le matin et ne rentre jamais avant 19 heures. Souvent, je dîne seule. Je réchauffe des trucs au micro-ondes et je mange assise dans le canapé, devant la télé.
Je regarde tomber la neige. Si j’étais encore à la maison, j’aurais fait de la luge avec Julie. Nous serions allées sur la piste, à la sortie du village et Antoine serait arrivé. Je pense tout le temps à eux Antoine et Julie, Julie et Antoine.
Bientôt ce sera les vacances de Noël et j’irai chez papa mais pas dans notre maison. Il dit qu’il ne peut plus y vivre depuis que maman l’a abandonné, qu’il est trop malheureux, que la seule chose qu’il désire au monde c’est de vivre à nouveau avec moi. Il répète tout le temps qu’il m’aime, que tout est de la faute de maman et qu’il fera tout ce qu’il peut pour me reprendre.
Maman, elle, elle ne parle jamais de papa mais elle ne pleure plus. Avant, elle pleurait tout le temps. Parfois, la nuit, quand j’étais dans ma chambre, je l’entendais crier. Une fois, elle a crié si fort, j’ai eu tellement peur que je suis descendue au salon pour voir ce qui se passait. Maman était debout, le visage dans les mains, elle tremblait. Dès que papa m’a vue, il s’est précipité vers moi. Il m’a dit « C’est rien, ne t’inquiète pas, maman ne va pas bien, tu sais, par moments, elle est bizarre. Maintenant retourne au lit, ce ne sont pas tes affaires ». Maman ne bougeait pas, elle semblait paralysée. Je suis remontée dans ma chambre, et j’ai entendu un grand bruit, comme un choc et maman a encore crié. Alors je me suis bouché les oreilles, j’ai fermé très fort les yeux et j’ai pensé à Julie et Antoine. Dans mon ventre, il y avait un trou.
Je ne veux pas retourner vivre avec papa, je l’aime mais je déteste quand il parle mal de maman. Je sais que ce qu’il dit est injuste, je sais aussi qu’il est méchant avec elle et qu’elle a peur de lui. Depuis que nous sommes ici, maman est calme et de bonne humeur. Le soir, nous parlons beaucoup. Elle m’a dit qu’elle a demandé le divorce parce que papa et elle étaient malheureux ensemble mais que ça n’a rien à voir avec moi. Elle dit que ce sont des histoires d’adultes et qu’elle m’expliquera plus tard.
Il neige et je suis seule.
J’appuie mon front contre la vitre et je souffle doucement. Dans la buée, je dessine des soleils et des fleurs.
18:22 Publié dans Jeu n°5 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
27.11.2010
De la buée sur ma fenêtre
15:25 Publié dans Jeu n°5 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note









