31.01.2010
Nous ne nous parlerons pas
Par Chocoladdict
Ça fait déjà 10 bonnes minutes que je l'attends. J'imagine qu'il est du genre à être toujours en retard par principe... sauter dans les trains qui commencent à partir, prendre un métro à l'autre bout de Paris en pensant que le trajet ne durera que 5 minutes...
Même pas un roman dans mon sac... j'aurais fait semblant d'être absorbée par ma lecture, cela m'aurait donné une contenance mais je l'ai oublié sur la table de la cuisine dans la précipitation de mon départ... tout ça pour arriver la première et avoir l'air godiche de loin devant ce café où nous nous sommes donnés rendez-vous...
J'ai le ventre noué, le cœur qui palpite, la bouche sèche de trac alors j'essaie de fixer mon attention sur des détails : une table vide sans client caressée par les feuilles au gré du vent... il n'y a quasiment personne en terrasse, il fait trop froid, le ciel est noir et menaçant... même pas une conversation à attraper au vol...
Qui va parler en premier? Vais-je arriver à ne pas bafouiller, à ne pas rougir? Et si je ne lui plaisais pas? Les photos sont trompeuses et je suis tellement plus à l'aise derrière mon écran...
Une feuille s'envole et vient se plaquer contre mon sac... je relève la tête et il est là devant moi...
16:44 Publié dans Jeu n°2 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Les feuilles mortes craquaient...
Par Melle Jones
Les feuilles mortes craquaient sous ses pieds tandis qu’elle avalait doucement la dernière goutte de son soda. Elle essaya un bref instant d’enregistrer le goût tiède de la boisson sur son palais. Elle avait beau emprisonner la paille dans ses lèvres, téter désespérément ce bout de plastique, essayer d’y enfoncer sa langue, elle ne sentait rien d’autre que son parfum.
Elle abandonna la paille et le verre vide pour planter son regard dans le sien. Aux balbutiements de leur histoire, elle n’avait pas aimé la forme de ses yeux. Elle était d’abord tombée amoureuse de ses bras et de sa bouche, un mélange sensuel de finesse et de générosité. Et puis, sans qu’elle ne s’en rende compte, elle avait aimé ce qu’elle voyait dans son regard.
Elle aimait toujours ce qu’elle y voyait, même si cet éclat qui n’avait été qu’à elle avait disparu depuis longtemps.
Il lui souriait de l’autre côté de la table. Il l’enveloppait de sa gentillesse et de son assurance. Elle se sentit fébrile sur sa chaise. Comme lorsqu’ils étaient ensemble, il la dominait sans le vouloir, lui et son parfum d’automne. Il détenait le pouvoir.
Il lui proposa de commander un autre verre.
Elle sentit monter en elle un sentiment de gratitude. Suivi d’un besoin urgent de tremper ses lèvres dans l’alcool. L’ivresse de la vodka était plus saine que celle de son parfum.
Elle ne put soutenir son regard pendant quelques instants. Il ne devait en aucun cas comprendre tout le pouvoir qu’il avait sur elle. Il fuirait. Il l’avait déjà fait.
Une autre feuille craqua sous ses pieds. Elle chercha fébrilement son tabac à rouler dans son sac à main. Allait-il remarquer que c’était le même que le sien, des années auparavant ? Il ne dit rien mais regarda intensément le papier crisser sous ses doigts tandis qu’elle roulait une cigarette fine, parfaite. Elle se sentit fière. Il le lui avait appris et elle avait fini par devenir une experte.
Il parlait mais elle l’écoutait à peine. Elle comptait les points. Ce qu’il lui avait appris et qu’elle avait entretenu avec orgueil. Ce qu’elle n’avait plus su faire après son départ. Que restait-il d’elle-même après lui ?
Une chaise vide et quelques feuilles mortes.
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29.01.2010
Quand vient la fin de l'été
Par Sylvie
17:01 Publié dans Jeu n°2 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Faut que je...
Par Lilie LBC
Faut que je m'assoie. J'en reviens pas d'avoir les jambes qui tremblent autant. C'est rien qu'un papier, merde ! Bon, ok, un papier et un chiffre. Quoi, qu'est ce que t'as pépé ? Tu veux pas fixer quelqu'un d'autre avec des yeux globuleux ? J'en reviens pas, il est que 10h du mat' et y'a dejà des poivrots scotchés au comptoir en train de vider des verres de gros rouge. Bon, faut dire, c'est un bar PMU. Ben oui, fallait pas s'attendre à mieux en venant ici... Mais bon, j'ai pas choisi, j'ai pris ce que j'avais sous la main.
"Un café, svp... Non, merci, je préfère rester dehors... Non, le vent ne me gène pas, merci"
Tu te prends pour Laurent Romechko ou quoi ? J'y crois pas, il va me faire le bulletin météo ce con. On est en automne, c'est normal qu'il commence à faire froid ! J'aime pas ces gens qui étalent des banalités à longueur de temps. Ça me fait penser à mon voisin, tiens. Et la température, bla bla bla, et les nuages, et vas-y que j'enchaîne sur les prévisions pas fiables... bla bla. La prochaine fois, je prends les escaliers. Non mais je te jure. Et voilà pépé qui continue à reluquer. T'attends que je pleure, c'est ça ? Ben tu vas pas être déçu... Attends que j'ouvre cette putain d'enveloppe et tu l'auras ton spectacle.
"Merci, c'est combien ?"
Et ben, à ce prix, la tasse, elle est en or ou quoi ? Comme si j'avais les moyens !! Parce qu'on a beau dire, la sécu prend tout en charge ! Ben non, c'est pas vrai, c'est un vrai budget. Et Heureusement que Jul' a eu une rallonge sur octobre. Bon, qu'est ce que je fais avec Jul' d'ailleurs ?? Je l'attends ou pas pour ouvrir ? Comme ça, il pourra me prendre dans ses bras. En même temps, j'ai déjà bien assez de mal à gérer ma propre peine. Je sais pas si je vais pouvoir faire face à la tristesse dans ses yeux. Allez, j'ouvre. Non, je peux pas. Et merde, le tremblement me reprend. Les mains maintenant. Je serais bien capable de me couper avec ce papier ! Allez, respire ma vieille ! A fond. Encore une fois. Bon qu'est ce que je fais ? Quand je pense à tout ce que j'ai déjà subi, je vais pas m'arrêter maintenant !! Allez, un peu de courage. C'est qu'un chiffre, hein. Rhooo, je crois que je vais vomir mon café. A ce prix, ça me f'rait mal. Les hormones, ça vous ravage, y'a pas à dire. C'est presque pire que les piqûres. Parce que bon, les piqûres, ça fait mal sur le coup mais ça passe. Et puis au bout de 4 protocoles, j'ai l'habitude. Alors que les nausées, ça continue toute la journée. Faut faire bonne figure devant les collègues et le chef mais t'as toujours cette sensation qui te colle à la peau et qui te rappelle tout ce que tu dois subir. Toi, hein, pas les autres. D'ailleurs, si Bob de la compta me dit encore une fois qu'à peine il regarde sa femme, elle tombe enceinte, je le zigouille. Je l'écartèle. Je lui écrase la tête sur son bureau. Putain Bob, c'est ma dernière chance à moi, tu comprends !!!! Non, il comprend pas. Si tu passes pas par là, tu peux pas comprendre !! Toute cette colère, c'est les hormones ou quoi ? Bon, allez, j'ouvre ! J'arrache tout ! Il est où mon taux de bhcg, il est où ???
16:50 Publié dans Jeu n°2 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Trois moins une
Par Laetitia
Je me souviens de ce jour où elles sont entrées dans ma vie et où je suis entrée dans la leur. J'ai l'impression qu'on a toujours été amies toutes les trois. Je n'arrive plus à me souvenir de ma vie sans elles. Nos familles venaient toutes les trois de s'installer dans ce nouveaux petit quartier d'une jolie commune de Bretagne. Nous avons tout de suite sympathisé et nous avons grandi ensemble. École primaire, collège, lycée nous ont vu évoluer et devenir de vraies adolescentes, profondément liées.
Je me souviens de ce jour où nous avons décidé de nous séparer, avec déchirement, pour continuer nos études. Nous avions 17 ans. Notre avenir se dessinait devant nous et nous nous sommes promis de nous retrouver le plus souvent possible. C'est ce jour là que Celia a évoqué l'idée d'un week-end de retrouvailles chaque année. Dans l'excitation du moment nous avons convenu de nous retrouver à la fin de l'été à la terrasse d'un café, dans le vieux centre de Rennes. Nos vies se sont éloignées mais nous avons su toujours être attentives aux autres : prendre de nos nouvelles régulièrement ou s'appeler à la moindre angoisse de l'une ou des autres. Notre rendez-vous annuel était l'occasion de nous retrouver. En simplicité. Nous nous rejoignions à la terrasse d'un café, fixé à l'avance, et explosions de joie. Ces deux jours étaient ceux que j'attendais toute l'année. Nos retrouvailles : Celia, Stephanie et Rozenn.
Je me souviens de ce jour où j'ai reçu cet appel. Je sortais d'un entretien d'embauche, j'étais heureuse parce que cela c'était bien passé. Mon téléphone a sonné. Cette sonnerie particulière dont tout le monde se moque : « Baby One More Time » de Britney Spears, souvenir de notre jeunesse. Amusée, je me souviens m'être demandé si c'était Roz ou Steph. J'ai décroché et ma bonne humeur s'est effondrée. La voix cassée de Roz, ces mots dont je me rappellerai toute ma vie « Elle est morte » et le vide dans mon ventre. Les larmes qui coulent. Pas besoin de plus de trois mots pour clore ce chapitre merveilleux.
Je me souviens de ce jour où nous nous sommes retrouvées. A la terrasse d'un café, dans le centre de Rennes. Pour affronter ce jour ensemble, nous avions décidé de perpétuer ce rituel. Une dernière fois seulement. Une toute dernière fois. En arrivant la première j'ai eu cette vision : trois chaises autour d'une table. Roz m'a trouvée debout, les larmes aux yeux fixant cette scène pourtant banale. Elle m'a pris la main et nous sommes reparties, ne pouvant affronter l'épreuve de s'asseoir autour de cette table sans elle. Elle m'a pris la main et nous nous sommes dirigées vers cette église où Steph nous attendait.
16:42 Publié dans Jeu n°2 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Il est parti
Par Solo
On dit qu’il faut traiter le mal par le mal.
Je veux bien, mais qu’est-ce que ça fait mal !
Vous avez déjà essayé, vous, de revenir tous les jours sur le lieu de rencontre de votre (ex) adoré pour essayer de vous persuader que s’il est parti, c’est qu’il est stupide et qu’il ne vous méritait pas ?
Eh bien, je peux vous dire, que cela ne marche pas ! Même pire, à chaque fois que je reviens à cette table de café , je revois son regard posé sur moi, ce regard attendrissant qui m’a fait chavirer, l’accueillir chez moi comme un être en détresse et lui prodiguer toutes sortes de réconfort. Et ce regard, j’aimerais l’oublier mais je n’y arrive pas. J’ai pourtant brûler toutes ses affaires, jeter ce qui ne brûlait pas, éliminer toute trace de sa présence dans mon espace mais rien n’y fait, je me retrouve régulièrement, ici, assise sur cette même chaise où je l’ai vu la première fois.
Lui ne vient plus, il a dû trouver un intérieur plus douillet que le mien, une maîtresse plus tendre que moi. J’en suis même à me dire qu’il a déjà dû m’oublier. Et qu’est-ce que ça fait mal !
Les chats n’ont vraiment aucune reconnaissance envers les personnes qui les accueillent !
10:00 Publié dans Jeu n°2 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
La chanson de Gainsbourg
09:45 Publié dans Jeu n°2 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
La vie devant soi
Par Dgina
Je m'en fous qu'il pleuve. Pas la peine de me regarder comme ça, non je n'ai pas froid. Oui ma jupe est trop haute et l'osier me strie les fesses, j'aime ça d'abord. Et les feuilles mortes, je m'en fous aussi.
Trois quarts d'heure que je l'attends comme une gourde, j'ai les seins durs comme de la pierre - petit con. Voilà la raison pour laquelle je déteste les rendez-vous, quoi que je fasse je suis plantée comme une pute sur son trottoir et personne ne vient, j'arrache du regard tous les passants comme si ma vie en dépendait - il ne me manque que les tétons qui débordent et le chewing-gum coincé contre les pré-molaires (petit con).
Je ne sais pas si je l'aime et puis ça veut dire quoi tout ça?
Ma mère m'interdit de sortir, elle pense que je ne saurai pas m'empêcher de me donner en spectacle - c'est qu'elle a sa place à préserver, l'entre-cuisses de la mairie c'est elle (il y a toujours à grignoter pour une petite faim). Elle laisse traîner des capotes au cas où, ça fait bien rire mon petit frère qui essaie de faire des bulles avec - mais elle n'a pas le sens de l'humour il faut croire, j'ai ramassé une baffe bien assaisonnée. Cette fois-çi elle ne m'a pas ouvert l'arcade, c'est une chance, sinon comment aurais-je fait pour mon rendez-vous?
1h de retard. Petit con.
Si je rentre trop tard mon beau-père va me faire la remarque, j'ai eu des notes massacrées à la fénéantise ce mois-ci et je ne suis pas censée pouvoir prendre l'air. "Tout se mérite" répète-t-il. Il a un sacré sens du devoir, il faut dire. Il travaille plus dur que personne, comme sous-fiffre à l'usine de colle du coin. C'est pour ça qu'en rentrant à la maison, il peut exiger sa petite pipe (encore heureux avec ce qu'il se saigne pour nous nourrir). La première fois j'ai crû vomir, il me l'a enfoncée au fond de la gorge sans prévenir. Maintenant je ferme très fort les yeux et j'essaie d'oublier en suivant, pour ne pas penser à mourir. Quand je travaillerai suffisamment bien, je décrocherai une bourse et je pourrai partir - mon beau-père m'encourage à sa façon, c'est ce qu'il dit.
Le voilà mon petit con. Enfin. En fait, oui - je l'aime. Il n'est vraiment pas beau et ses lunettes sont toujours de travers, mais si vous saviez comme il est gentil. J'ai presque l'impression d'avoir un espoir, dans la vie.
09:13 Publié dans Jeu n°2 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.01.2010
Je suis là chaque matin
Par Bulles d'infos
Je suis là chaque matin mais elle ne me voit pas. Lorsqu’elle arrive et qu’elle commence à sortir les tables de la terrasse, j’ai déjà fini mais je reste un peu pour la regarder. Jamais son regard n’a croisé le mien pourtant. Elle ne sait même pas que je suis là.
Parfois dans la journée, on repasse par là avec les gars, pour rejoindre le square. Je peux de nouveau l’observer à la dérobée. Elle est toujours là, belle, enjouée et si vive, à faire des allers-retours entre le bar et la terrasse.
Ce type, à la table du coin, ne sait pas la chance qu’il a : elle le regarde, lui parle et lui sourit. Et puis je l’ai bien repéré l’autre qui vient tous les jours et qui se pose toujours au même endroit. Qu’est-ce qu’elle a à minauder comme ça d’ailleurs quand elle lui apporte son café ? Me dites pas qu’il lui plaît quand même !
Moi aussi je suis posté là tous les jours, mais elle ne me voit pas, C’est pas faute de donner dans la discrétion pourtant ! La municipalité nous a affublés d’horribles uniformes jaunes et verts. Mais malgré cela, son regard n’atteint jamais le mien.
Pourtant je suis là chaque matin et c’est grâce à moi qu’elle peut commencer tranquillement sa journée : je suis celui qui ramasse les feuilles sur sa terrasse.
23:03 Publié dans Jeu n°2 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Jaune Fluo
Par PhilBret
Je te vois bien chaque matin dans ton gilet municipal jaune fluo. Mais si je te regarde, tu vas croire que je te regarde. Les autres types, y viennent juste prendre un caf’ et y partent bosser. On se tape un bout de conversation pour la forme, un petit sourire paske ça risque rien. Y sont mariés et y zont pas le temps. Alors que toi, je sens ton regard sur moi. Je vois bien que tu mets trois fois plus de temps à balayer ma terrasse que celle des aut’ bars. Même les feuilles te demandent d’aller plus vite mais non, tu t’en fous des feuilles. Même tes collègues sont déjà de l’aut’ coté de la rue que t’es toujours devant mon bar. Je t’ai déjà vu promener la même feuille avec ton balai pendant un quart d’heure entre mes chaises. Je me demande même si tu rajoutes pas des feuilles des fois. Pis toi tu triches pas, t’es pas comme l’aut’ frisé qui enlève son alliance tous les matins avant de s’asseoir. Y s’imagine que j’vois rien. Y sont cons ces mecs. Au moins toi t’as pas d’alliance. Pis faut dire qu’avec tes cheveux pas coiffés et tes gros godillots, l’aut’ salope d’à coté risque pas de te remarquer. Tant mieux. Ce qui compte, c’est pas les habits mais ce qui a d’dans.
T’es quand même vachement timide toi.
Tu sais quoi? Demain, au lieu de promener tes feuilles, tu t’assois et tu m’offres un café. A ct’heure là j’ai le temps, y a personne.
23:00 Publié dans Jeu n°2 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





