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14/01/2012

Un fin. Et un début.

Nous avions écrit que ce n'était qu'un au revoir sans savoir ce que la vie nous reservait chacune de notre côté.

Vous êtes plusieurs à vous être manifesté, dans les commentaires ou par mails, à vous être soucié de nous et de l'avenir de ce blog et nous vous en remercions. Il ne nous arrive rien qui ne mérite que vous vous inquiétiez mais les choses font que nous ne pouvons plus faire vivre ce blog comme il le faudrait.

Par contre, ce n'est pas cela qui va abattre les jeux d'écriture(s) ! Nous avons passé le témoin à Alizarine qui s'occupera désormais avec sa seule paire de main des 1000 votres (et peut-être un peu des nôtres), sur le blog et sur le compte twitter.

Le septième jeu est lancé aujourd'hui mais pour le découvrir et suivre la suite, il faudra désormais se rendre ici : http://amillemains.wordpress.com

Merci à tous d'avoir partager vos textes, vos mots, vos émotions, et d'avoir fait de ce blog ce qu'il est. Ne perdez pas en route tout ce que vous avez mis de bon ici, il y en aura besoin là-bas aussi ! L'adresse change, la taulière aussi mais l'esprit restera le même. 

Bonne continuation à tous et longue vie aux Jeux d'écriture(s) !

 

17/05/2011

Ce n'est qu'un au revoir !

Et voilà, on est le 11 mai, date à laquelle j'avais annoncé la clôture de ce jeu.

Ce n'est jamais facile de dire que c'est terminé... Mais allons, ce n'est pas terminé ! D'abord, vous savez sans doute qu'on n'est pas bien méchante avec les retardataires alors si l'inspiration se réveille, n'hésitez pas.

Et puis, il reste tous ces textes à lire... et à commenter !

Enfin, on y tient, MERCI !

Merci à Louise Imagine pour cette photo superbe et qui a su titiller nos imaginations.

Merci à tous les participants, les relayeurs d'info, les commentateurs, qui parfois sont les mêmes.

Merci pour vos remerciements, vos encouragements, votre enthousiasme, vos mots, vos idées...

On se retrouve, et on se découvre peut-être, pour le prochain jeu !

Photomaton.png

Liste des participations :

  1. Jeu d'écriture(s) à mille mains par Stéphane Bataillon
  2. P'tite conne par Sushie San
  3. Dernière photo par Dominique
  4. Les silhouettes par Christophe Sanchez
  5. Je vous laisse, je continue en rêves par Vallenain
  6. Photomaton par Le Machin à écrire
  7. Clic Clac par Marjorie
  8. Réaction en chaîne par Monsieur Normal
  9. Scène de crime par Lizly
  10. Une dernière photo par Shaya
  11. Mon intime repaire par El Camino
  12. Sûrement par Lily
  13. De l'Autre Côté... par Pensez Bibi
  14. Histoire d'époque par Isabelle
  15. Paré à s'identifier par Sonyaso
  16. Choix par Anne Laure
  17. Flash par Gabrielle
  18. Photocrate par Des Pas Perdus
  19. My lady en sous sol par Elisabeth l. c.
  20. Agent d'entretien par Zette
  21. Salle d'attente par MHF
  22. Photomaton par Saravati
  23. La porte n'était pas fermée, par Jegoun
  24. Le Rideau noir par Nicolas
  25. Passer la nuit par Antoine Maine
  26. Le Refuge par Le Voyageur
  27. La Peur de la peur par Emmanuel
  28. En l'attendant par Cécile
  29. L'endimanché par Monsieur Normal
  30. Tout seul par Angélita
  31. "Joindre 4 photos d'identité" par Sabrina Mothu
  32. Un flash dans la nuit par Livvy
  33. Des pressions par Aahraz
  34. Narcisse par Kainu
  35. Qui est-il ? par Claire
  36. Le premier pas par Kazie
  37. Photo-mature par Librellule
  38. Le Photomaton par Deirbhile
  39. Reflexe par Clara
  40. Mina et le dernier metro par Colibri
  41. Saute par Jean-Jacques
  42. Proposition du blog à 1000 mains 2 par Poulopot
  43. Dialogue, seul par BB
  44. Tous ces jours sans elle par Madame Kévin
  45. Toi, tu restes là par Izzie
  46. Bloody flash par Izzie
  47. Réparateur de photomaton, par Gaël
  48. L'Androgyne par Lizly
  49. Dzien dobry par la Dame du CDI
  50. La dernière photocabine du monde par Georges
  51. De l'autre côté du miroir par Marlène
  52. Moi. Lui. Nous. par Thé Citron

"L'art est un jeu. Tant pis pour celui qui s'en fait un devoir !" Max Jacob

Auteurs, lecteurs, réveillons-nous, le 6e jeu d'écriture(s) s'élance.

Pour cette nouvelle session, c'est Louise Imagine (dont vous pouvez admirer le travail ici, ou et même ) qui nous propose cette photo :


Photomaton.png

Pour tout le monde, je récapitule le principe du jeu.

A partir de cette photo, toutes et tous les volontaires écrivent un texte. Il n'y aucune contrainte de forme ou de style, seulement celle de s'inspirer de cette photo et de rester sur une longueur raisonnable pour un texte de blog.
Les blogueurs publient leur texte, la photo, un lien vers le blog de Louise Imagine et un autre vers le blog à 1000 mains, puis laissent un commentaire sous cet article pour signaler leur participation. 
Ceux qui ne sont pas blogueurs mais veulent participer n'ont qu'à envoyer leurs écrits à l'adresse a1000mains@gmail.com en veillant à donner un titre à leur texte ainsi que le nom (ou le pseudo) qu'on devra faire apparaître en ligne.
Je compilerai ici les participations au fur et à mesure.

On ne peut manquer à la formule consacrée, ce jeu d’écritures n'est pas un tag, pas un concours, surtout pas une compétition littéraire. Il s'agit de mettre en commun nos envies d'écrire, nos inspirations, nos idées, nos textes.

Les dernières recommandations de la taulière :

- Il est considéré que tous les participants ont lu et accepté la charte d'utilisation.

- Dans la mesure du possible, merci de ne signaler qu'une fois votre participation, soit dans les commentaires soit par mail (ne cumulez pas les deux, ça a tendance à m'embrouiller...), et de ne le faire qu'une fois le texte en ligne sur vos blogs. Par contre, si vous avez une question, que votre texte n'a pas été récupéré malgré votre message, ou quoi que ce soit, n'hésitez pas à écrire.

- Mille merci à Louise Imagine pour la photo !

 

Auteurs, lecteurs, amusez vous !

Les commentaires sont modérés mais que cela ne vous décourage pas de vous exprimer sur les différentes participations.

Le jeu n°6 est lancé !


Et comme on est des mauvais élèves quand on n'a pas d'échéance pour rendre sa copie, le jeu restera ouvert jusqu'au 11 mai 2011. 

 

Lizly pour Jeu d'écriture(s)

 

Et merci à Gaël, qui soutient le jeu depuis ses débuts, et qui, cette fois également, a relayé.

 

De l'autre côté du miroir

 

 

Par Marlène

Photomaton.pngstrip20.jpg

 

19:20 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (5)

Moi. Lui. Nous.

Par Thé Citron

Previously,
#1 : Working girl
#2 : Material girl
#3 : Waiting on an angel
#4 : You're the first, the last, my everything
#5 : Est-ce qu'il sera là ?
#6 : Aux alentours de 17h32
#7 : Quatre mois et demi
#8 : Moi. Lui. Nous.

Photomaton.png  "Jeudi 22 Décembre, 19h35.

Cher journal,

Aujourd'hui, mes pensées ont basculé. C'est dingue. Quand je relis toutes les pages que j'ai noircies depuis le 1er Novembre 2010, je me dis que je suis juste trop dingue. Franchement ? J'ai tout pour être heureuse. Léo est parfait avec moi, il m'aime, je l'aime. D'ailleurs, ça fait 4 mois qu'on est mariés. Je ne le répéterai jamais assez mais c'était un peu le mariage de mes rêves. Ma robe. Ma bague. Lui, beau dans son costume. La fête. La famille. Les amis. Le voyage de noces. Sérieusement, y a quoi qui cloche chez moi ? Pourquoi, j'en suis à me poser des questions ? Pourquoi je regrette parfois ma vie de célibataire ? Enfin, si, je sais pourquoi... L'autre soir, je suis allée avec Aurélie en soirée. C'était vraiment chouette, on s'est marrées. Avant la soirée, on a pris l'apéro et dîné. Elle me racontait ses déboires avec les garçons. Son ancien PCR pour qui finalement elle s'était un peu amourachée. Un autre gars qu'elle a rencontré en soirée mais qui a finalement une copine. Mais avec qui elle est sortie quand même. Son collègue de boulot. Elle est liiiiibre de penser à qui elle veut, elle est liiiibre de faire ce qu'elle veut. Si elle a envie d'une relation, OK. Sinon, elle peut juste papillonner à droite à gauche. Même, regarde comment je parle maintenant. Papillonner... Seriously ? Avant, j'aurais dit "coucher" voire même "baiser"...
Et pourquoi je pense à tout ça ? Cet après-midi, je suis allée faire des photos pour ma nouvelle carte d'identité. J'suis restée bloquée en me disant que, finalement, je ne suis plus la même Bérénice. Je suis "Bérénice & Léo". Je suis "Léo & Bérénice". J'aime Léo, c'est vrai de vrai. Mais je me pose quand même des questions. J'ai peur qu'on ait trop précipité les choses. Et j'ai surtout peur qu'on précipite encore plus les choses maintenant qu'on porte le même nom... Et si dans un an j'étais déjà enceinte ?
J'ai peur... Mon foutu caractère, mes foutus éternels doutes me rattrapent. Ca a toujours été. Regarde, quand j'ai largué Jérémy, c'est parce que je n'étais plus sûre de rien. Au final, j'ai bien fait, c'est certain.
Ce que j'aime avec Léo, c'est qu'on est comme on est. Il ne veut pas me changer. Et je ne veux pas le changer. Remarque, si. Est-ce qu'il pourrait arrêter les polos à rayures ? Heureusement, il en a qu'un ! Erk. Thanks God, il porte pas de rose ^_^
Non, mais, vraiment, je divague. Hein je divague ? Hein je suis conne ? Je suis heureuse, vraiment.
Allez, je traîne pas trop. Je vais nous couler un bon bain avec des bougies.
J'aime bien les bains.
J'aime bien les bougies.
J'aime Léo."

19:15 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (0)

11/05/2011

La dernière photocabine du monde

Par Georges

Photomaton.pngQuand j'ai entendu la nouvelle au journal télévisé, mon sang n'a fait qu'un tour. Moi qui ne crois en rien, j'ai pourtant murmuré  "mon Dieu" devant l'écran plat à technologie 3D que mes enfants m'ont offert à Noël dernier, pensant me faire plaisir, alors que cela ne fait qu'aggraver mes problèmes de vue. C'était déjà un tel déchirement de ne plus pouvoir être flashé quatre fois, avec l'avènement du numérique. A cette  douce époque, avec mon tendre mari, l'on se disputait pour conserver dans nos portefeuilles notre préférée. Puis nous avons partagé les mêmes clichés, non sans une certaine nostalgie de l'argentique et de notre passé fortement marqué par cette invention.

En effet, c'est en ouvrant le rideau d'une photocabine où je venais de me faire tirer le portrait pour les besoins d'un renouvellement de passeport, que j'ai croisé son regard noir pour la première fois. Je me suis affalée de peur sur le tabouret que je venais de régler laborieusement pour que mon visage soit en phase avec le cadre. A la suite de quoi, il a éclaté de rire, sans pouvoir s'arrêter,  à en avoir les larmes aux yeux. Vexée comme un pou, je me suis redressée et comme il me fallait absolument ces photos, je suis restée à le regarder se foutre de moi tout en me demandant simultanément de le pardonner entre deux pouffements. Finalement et parce que j'avais grand soif, j'ai accepté de boire un verre avec lui et de coucher le premier soir sans me poser plus de question, puisqu'il était parfait.

Et voilà qu'aujourd'hui, ils vont retirer la dernière photocabine du métro. Tout ça par la faute de cette saleté de téléphone portable, qui n'en est plus un avec ses multiples fonctions et applications. Quand je les vois, mes enfants avec leurs petits, tous soudés à leurs "smartphones" à baragouiner sur les réseaux sociaux ou jouer avec des animaux virtuels, et bien ... je ne préfèrerai pas les voir. Me contenter d'un texto ou d'un mail à la teneur aussi enrichissante que leurs rares apparitions pour le déjeuner dominical. Faute de rentabilité et malgré le soutien du Ministère de la Culture pour le maintien de cet appareil en fonctionnement, comme faisant partie de notre patrimoine, le public n'a pas adhéré. Même moi. Depuis la mort de mon mari, je n'ai jamais pu me résoudre à m'y faire photographier seule.

Finalement, le Ministère de l'Identité, du Recensement et des Flux Migratoires a imposé que tous les téléphones soient munies de leur application. Je n'ai pas tout compris parce que je me fais vieille, mais il semblerait que toutes photos d'identité officielles soient désormais prises avec leur programme et transférer en direct par message. Même chose avec l'empreinte digitale de l'index. En fonction de ses données et si l'on est déjà recensé, on peut récupérer le document au commissariat le plus proche de son domicile au bout de 48 heures. Une vérification minitieuse par un fonctionnaire de police sera effectué pour éviter toute fraude. Et la dernière photocabine sera démontée demain soir.

Je n'ai pas réfléchi plus de cinq minutes ce jour là. J'ai enfilé mon caban, pris mon cabas sous le bras et me suis rendue dans une grande surface de bricolage qui longe justement mon lotissement. Puis j'ai pris le métro jusqu'à la station de l'hôtel de Ville. Sur le trajet, je ne pensais qu'à lui et à toutes ces petites photos remisées dans une boîte à chaussure dans le placard de l'entrée. Depuis longtemps, je n'avais plus le coeur de les regarder. Je préfèrais simplement m'en souvenir comme de notre jeu favori.  Un sourire, une grimace, un baiser. Une fois mes seins à l'air et mon pull sur la tête. D'autres fois des lunettes de soleil, un bonnet ridicule, une fausse moustache.

Personne ne m'a prêté attention. On s'en fout des vieilles qui boîtent dans les couloirs du métro. Même quand j'ai sorti les chaînes toutes neuves et le gros cadenas, les usagers ont a peine levé le nez de leurs écrans. Si j'avais été un train, il en aurait été tout autrement. Je n'étais pas encore un buzz, enchaînée à la dernière photocabine du monde, pour protester contre sa disparition et intimement d'une partie de ma vie heureuse. Mais m'étouffant mortellement d'avoir avaler la clé de travers, je l'étais devenue.

20:44 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (6)

Dzien dobry

La Dame du CDI

Photomaton.png« Prosze  siedziec»
Mais qu’est-ce qu’elle raconte celle-là…


« Ceny wlozyc do gniazda».
OU est le bouton pour avoir la version anglaise. Je demande même pas la version française, non, juste anglaise.


« Ceny wlozyc do gniazda».
« wowish gnagna », « wowish gnagna », je t’en donnerai, moi, des « wowish gnagna ». Faut que je fasse ces putains de photos pour l’ambassade avant 8h sinon j’aurai  pas mon passeport à temps. C’est pas une machine qui va faire sa loi !


 « Ceny wlozyc do gniazda».
Bon, soufflons… Je vais insérer mes 2 euros et je vais attendre pour voir ce qui se passe.

 

Clang Clang


« Dziekuje, beda strzelac w kilka sekund”
Merde, j’ai oublié d’enlever le rideau derrière, ça passera pas pour le passeport, faut que je le vire.


Clac


« Twoje zdjecia sa gotowe w ciagu kilku minu »
Nan, mais c’est pas vrai, c’est une blague?!! C’est pas possible, il va y avoir d’autres flash? Naaaaan, c’est pas possible. Je vais rester, dans le doute.


Zuiiiiiiiiip
« zdjecia sa juz gotowe »

Meeeeeerde, chuis bon pour recommencer. Pays sous-développé de merde. Mais qu’est-ce qui m’a pris de venir visiter la Pologne en Novembre, bordel. « Move your imagination », qu’ils disaient sur le site. Ah pour mover, on move, c’est clair ! Faire des putains de photos à 5h du matin dans la gare centrale de Lódz un 11 novembre, ça move, j’teulfaispasdire ! En plus ils ont piqué notre jour férié ces salauds !


« Dzien dobry»
Ouais, Jean Aubry toi-même…


« Prosze  siedziec»
Oui, ça va, je sais, je suis DEJA assis.


« Ceny wlozyc do gniazda».
Oui, bah t’as pas intérêt à me refaire un  sale coup, parce que tu vas voir ce que je vais leur faire, moi, à tes ragniagnia.


« Ceny wlozyc do gniazda».
Tiens, les voilà tes deux euros. Mais tu seras gentille de faire une photo correcte parce que  j’ai presque plus une thune !

 

Clang Clang


« Dziekuje, beda strzelac w kilka sekund”
Ah non, bordel, pas maintenant... Nan pitié, naaaaaan....
Atchaaaaaaaaouuuuuuum


Clac


« Twoje zdjecia sa gotowe w ciagu kilku minut”


Ah non, meeeeerde, nan, mais c’est pas vrai, mais abattez-moi bordel. J’veux rentrer chez moiiiiii. J’veux pas rester coincer ici une journée de plus. Me suis fait déjà tout piquer, bordel, j’ai même plus de dignité maintenant.


« Dzien dobry»
....


« Prosze  siedziec»
...


« Ceny wlozyc do gniazda».


Clang clang


« Niestety, maszyna jest w dól, Spróbuj ponownie pózniej
Sorry the photobooth is down, please try later».

 

 

 

prisonnier

 

Nom, prénom : Michel, Jean-Louis.
Voie de fait : destruction d’un  photomaton.
Nationalité : française.
Signes particuliers : Pas de papiers d’identité sur lui. Réclame ses « photos«  depuis plus de 24h. Semble désorienté et perdu. Répète en boucle « Dzien dobry » en riant aux éclats.

20:19 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (8)

L'Androgyne

Par Lizly

Photomaton.pngRidicule... Tout cela était tout simplement ridicule...

Elle passa deux fois sa main dans ses cheveux fraichement coupés. Elle sentait encore l'agression de la tondeuse remonter sa nuque. Et dire qu'il avait fallu acquiescer de la voix, de la tête, des yeux et même des mains en feignant l'enthousiasme à chaque fois que le coiffeur lui avait posé cette même question, le ton inquiet. Comment voulait-il qu'elle sache si elle était vraiment sûre de ce qu'elle était en train de faire ? Elle savait juste qu'il était bon marché et qu'elle devrait se contenter de l'unique coupe qu'il savait faire.

Là, dans cette cabine rouge, elle observait ce jeune homme familier qui lui rendait son regard scrutateur. Elle avait mis des années à surmonter ce mal-être quasi permanent, enfermée dans ce corps filiforme. Sa poitrine, discrète, ses hanches, droites, ses traits, neutres. Elle lui avait pourtant appris à dégouliner de féminité, basculant trop souvent dans l'excès. Combien de garde-robes devenues putassières avait-elle remisée ? Combien de temps devant la glace à apprendre à souligner la féminité de ses traits sans se peindre un nouveau visage ?

Elle avait arboré une couronne de boucles vermeils que toutes lui enviaient, allongé à l'inconnu son regard au fil d'un eye-liner noir, teint ses lèvres du parfum alchimique de la cerise d'un gloss, adopté cette démarche diaboliquement sensuelle, choisi mille fois ses gestes et aimanté les regards, dévissé les cervicales, provoqué quelques disputes et peut-être même des paires de gifles. Être femme, le travail de toute sa vie d'adulte. Balayé en une heure de shopping bon marché et quelques coups de ciseaux. Mais avait-elle le choix ?

La machine débitait ses ordres et elle se redressa. Elle se voulait un air décontracté. Elle essaya de se rappeler cette photo de son grand-père prise à la dérobée avec son tout premier appareil, écarta les jambes, cala sa main gauche sur sa cuisse, relâcha ses épaules, et rata un cliché à cause d'un sourire inopiné et bien trop féminin accompagnant l'idée saugrenue d'être encombrée pour la première fois par cette poitrine jugée trop souvent inexistante.

Elle valida le cliché suivant sans trop y regarder, comme si cette empressement suffirait à gommer ce qu'elle s’apprêtait à faire, ramassa le sac à dos tellement masculin dégottait dans un bazar et dans lequel tenait toute sa nouvelle vie dans ce nouveau pays et sorti de la cabine en surveillant le hall. Personne. C'est ce qu'elle avait espéré en ce retranchant si loin dans la gare vers cette cabine isolée. Dans le silence ronronnant, elle sursauta au contact du vibreur de son téléphone.

- Allô ?

- Bonjour jeune homme ! Avez-vous fait bon voyage ?

- Très bon monsieur, j'arrive tout juste à la gare.

- Fort bien. Avez-vous pensez aux dernières pièces que nous vous avons demandées ?

- Je suis justement en train de m'occuper des photos d'identité.

- Fort bien ! Vous les déposerez en allant signer votre contrat cet après-midi. Ensuite, vous passerez me voir, que je rencontre enfin ma nouvelle recrue en chair et en os.

- Je n'y manquerais pas, monsieur.

- Fort bien, j'ai hâte de vous rencontrer. Je suis convaincu qu'il nous faut un homme pour redynamiser cette équipe. J'ai écarté tous les CV présentés par des femmes mais je ne regrette pas d'avoir attendu de tomber sur le votre. Et on en a reçu un paquet ! Un tel poste, vous n'êtes pas sans ignorer qu'il n'y en a guère sur le marché. En tout cas, votre embauche par entretien téléphonique fait jaser dans nos bureaux. Elles attendent toutes "le Petit Français". Ah, la, la, vous savez comment sont les femmes !

Elle ramassa délicatement les quatre encadrés de son nouveau visage que la machine venait de vomir.

- Oui, monsieur. Oui, je sais.

20:16 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (3)

Réparateur de photomaton

par Gaël

« Dipidib ! Dipidib ! Dipidib ! »
Jean-Yves regarda la radio qui clignotait. Encore un appel de la base.
« Oui ?
Kshhhh
- Jean-Yves ? Faudrait que t'ailles voir celui de la gare RER . Apparemment on a une panne et des clients se plaignent
Kshhhh
- ils se plaignent de quoi exactement ? De l'odeur comme la dernière fois ? Parce que bon m'envoyer réparer des cabines alors qu'elles ont juste besoin d'un bon nettoyage merci bien ! Je suis pas agent d'entretien moi !
Kshhhh
- non ça a l'air.. euh... bizarre cette fois...
Kshhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh
Des trucs bizarres il en avait vu Jean-Yves. D'ailleurs c'est bien simple c'était à croire que dans la Boîte on lui avait arrogé le titre de « démêleur de bizarrerie en chef ». Un décès dans une cabine ? Hop on l'appelait. Une disparition sans explication d'un client ? Hop encore bibi. À croire que personne ne sait les utiliser normalement ces satanées cabines. C'est quand même pas bien compliqué ! Il y a juste à glisser la pièce dans la fente et à se faire plaisir !
Le temps de se remémorer tous ces problèmes de cabine il avait déjà garé sa camionnette devant l'entrée de la gare RER. Il sortit son A4 plastifié « en chantier », le colla derrière son pare-brise non sans avoir regardé à droite et à gauche avant de s'engager sur les zébras. Des fois que la maréchaussée guette... Mais bon à cette heure là, presque 19 heures, il avait peu de risques de se faire tomber dessus.
En entrant dans la gare il croisa quelques uns des derniers « endettés » qui couraient pour sortir de la gare, récupérer les gosses avant la fermeture de la crèche, le linge au pressing pour le prochain week-end dont la principale occupation sera de manger le repas de communion d'une obscure petite nièce éloignée, et que sais je encore. Des gens pressés quoi. Tout le temps. D'ailleurs c'était son boulot à lui : rendre les cabines fonctionnelles pour permettre à ces gens courant en tous sens tout le temps de faire leur petite affaire le plus vite possible. Il voyait d'ici la panne pour laquelle on l'avait fait venir ici. A tous les coups un pressé avait tiré sur les clichés avant qu'ils ne soient secs. Trop pressé. Comme toujours. Lui Jean-Yves il avait réglé le problème. Enfin il, la vie avait réglé le problème pour lui. Les raisons économiques de la vie en somme. Son loyer ayant littéralement explosé en plein vol, il s'était entendu avec le patron pour pouvoir s'aménager une couchette dans la camionnette. Du coup il était opérationnel quasiment 24 heures sur 24. « c'est du gagnant gagnant » lui avait répondu le patron ! « en plus je te fais cadeau du loyer ! ».
Bon elle était où cette satanée cabine ?
Ils avaient le chic pour les planquer... au lieu de les mettre dans le passage. Mais merde ils éteignent la gare ?!
Le hall s'assombrissait au fur et à mesure qu'il s'y enfonçait. Il ne croisait plus que des ombres, de plus en plus fuyantes. De plus en plus éthérées.
Enfin au loin il la vit. Ou plutôt il devina deux tâches lumineuses. Qu'elle était lourde sa caisse à outils sur son épaule !
« Bon installons nous » se dit il en tirant le rideau. La cabine était impeccable, aucune trace douteuse, la vitre semblait propre, la fente aussi (pas de chewing gum ou pire collé dedans). Non tout avait l'air OK. Toutes les loupiottes fonctionnait. Les loupiottes ? Il ressortit précipitamment. Le fil d'alimentation était coupé net à l'arrivée sur le photomaton. Pourtant tout semblait fonctionner comme s'il était branché.
Ne comprenant pas trop il se rassit. Et glissa dans la fente le « jeton test » (autre brillante idée de son patron : avant toute ouverture de la machine, commandée depuis le central, on pouvait tester la machine avec un faux jeton. « Comme ça pas de tentation de se servir, c'est pour votre bien » qu'il leur avait dit le patron.). Ah zut c'était le modèle « Pirate des Caraïbes » (« toi aussi deviens un pirate des caraïbes ! Et fais toi prendre en photo avec les stars du film! ») il aurait préféré se prendre en photo dans le modèle « Winx », dont était fan sa fille. Ça lui aurait sûrement fait plaisir de recevoir une photo de son papa entouré de petites fées. Enfin il le pensait. Ça faisait un bout de temps qu'il n'avait pas eu l'occasion de lui parler au téléphone. Pas depuis que sa mère avait déménagé dans le Sud. À la recherche du soleil qu'elle avait dit, pour échapper à la grisaille de leur quotidien avait il compris.
Bon ben va pour Pirate des Caraïbes alors.
Choisir le fond de la photo, choisir la scène (tiens avec Johnny Depp le prenant par l'épaule ça pourrait quand même la faire marrer sa gamine, peut-être) et attendre le flash.
Le flash passé, un véritable tintamarre monta des entrailles de la machine. Il lui semblait reconnaître des voix. Chuchotant, riant, grimaçant. Puis plus rien. « chhhhhhtttttttttt, il regarde par la fente ! » abasourdi il se redressa et se cogna la tête.
Dans le réceptacle le cliché apparut enfin. De dos. En se frottant l'occiput il regarda le souffle chaud faire danser le papier photographique. Puis il le prit et le regarda.
Ce qu'il vit était loin d'un portrait entouré de pirates... Il était bien là, au milieu du cliché. Mais tout autour des anges ou d'autres figures ailées féminines l'entouraient. Le ciel était figuré par des nuages mais au-dessus on voyait un royaume céleste, peuplé là aussi de créatures éthérées semblant voleter de part et d'autre d'un astre flamboyant. Et au coin à droite, un homme, moustachu. Peignant cette même toile sur un chevalet. En y regardant de plus près on voyait que la scène se répétait à l'infini.
Complètement ébranlé il ressortit de la cabine. Le cliché à la main.
L'homme à la moustache était là. Sur une affiche. Il lut « Salvador Dali ».
Alors qu'il était là, les bras chancelants, une voix s'éleva. Elle provenait de l'affiche.
« je refuse que ce Charlie de la Chocolaterie soit le seul à pouvoir s'amuser avec des lutins !
- …
- j'ai donc décidé d'élever des mini Salvador dans cet antre technologique capable d'envoyer des éclairs aussi puissants que ceux de Zeus ! Et ainsi redonner un petit peu de la beauté qui m'entoure aux pauvres hères passant dans cette gare ! Qu'en pensez vous ?
- rien M'sieur Dali, j'en pense rien... ou plutôt si c'est une bonne initiative je trouve
- merci cher ami ! 
de retour à son camion, les poches pleines de "photos" de lui signées Dali (les unes avec des girafes enflammées, les autres au milieu de la gare de Perpignan, ...) il rappela le central : "RAS" et démarra vers un nouveau photomaton.
 
Photos : Louise imagine (merci infiniment pour le détail sur Dali)
 

19:18 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (4)

Bloody flash

Photomaton.pngPar Izzie

Je suis vigile. Un vigile vigilant depuis de nombreuses années dans ce couloir glauque.

En fait, vous ne le voyez pas mais il s’agit d’une galerie très très animée. Avancez un peu, oui là, vers cette lumière. Vous entendez monter la clameur, les cris, les rires, les voix qui se murmurent, qui se racontent, s’effleurent, enflent, parfois jusqu’à remplir tout l’espace. Cet espace mais aussi celui de mon cerveau. Ça devient insupportable. Toutes ces conversations qui ne me regardent pas mais qui m’attirent. Toutes ces conversations dont je suis le héros. Cessez de vous moquer de moi, de parler comme si je n’étais pas là !

Alors je choisis une personne, un couple, une famille, peu importe. Jamais d’enfant. Je braque ma caméra sur elle et j’espionne, je suis. Partout, aucun recoin ne m’échappe, rien,  ni personne. Surtout, je note. Tout. L’heure, l’endroit, les rencontres, les achats, les visages, les corps… Les visages, les corps. Je peux presque les sentir, les toucher. C’est d’ailleurs ce que je fais. Mon écran les incarne.

Ceux que je préfère ce sont ceux qui se photomatonent. Ils croient tous que c’est une cabine normale, mais c’est MA cabine. J’aime les regarder se rendre beaux, tester leur sourire, se repeigner, se remaquiller, glousser comme des pintades ou se rouler des pelles toutes langues dedans-dehors.

C’est ça, règle bien le siège, que ta jolie tête se cadre bien ! Monte un peu je voudrais voir tes seins ! Voilà, allez glisse tes pièces ! Sois pas chienne, 8€ pour vivre ça, c’est rien.

J’aime voir la surprise, puis la terreur qui petit à petit emplit leurs yeux, déforme leurs traits, étire leur bouche en une fente immonde. Cette bouche que je transforme en trou béant et sanguinolent.

 

 

Edit : Merci à Madame Kévin qui m’a sauvé la mise pour les titres.

 

19:08 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (7)