28.04.2011
Le Photomaton
Par Deirbhile
Elle a les joues rosies. La chaleur probablement. Elle observe son reflet, applique un peu de poudre afin de dissimuler ces rougeurs disgracieuses, se regarde une dernière fois et, d’un claquement satisfait du poudrier, m’indique qu’elle est enfin prête. En voilà une qui n’aura pas mis trop de temps à se préparer. Certaines sont positivement fatigantes ! Et que je te remets en place le chignon, et que je te retouche le rouge à lèvres. Un jour, une demoiselle tirée à quatre épingles a même mis … du parfum ! Pour une photo. Je vous demande un peu !
Notre secrétaire – oui, je l’imagine bien en secrétaire : joli tailleur un rien aguicheur, cils coquettement retroussés et collier de fausses perles – appuie sur le bouton à droite de l’écran – moins fort jeune dame, j’ai compris – et se redresse, buste en avant, un très léger sourire adoucissant ses traits un peu trop marqués pour une femme. Obéissant, je prends les clichés, à intervalle régulier. Le dernier sera un tantinet flou. Encore une qui ne sait pas se tenir immobile plus de 5 secondes. Incroyable. La secrétaire ira raconter à ses amies que décidément, ces photomatons sont parfois de qualité médiocre, et patati et patata. Est-ce ma faute à moi si –
Ah ! Un nouveau client. L’a pas l’air commode celui-ci. L’œil petit et noir, l’épi vengeur et le crâne carré (ou peut-être est-ce la coupe en brosse qui donne cette impression ?). Léchant ses doigts, il tente en vain d’aplatir cette touffe de cheveux rebelle qui lui dessine comme une corne sur la droite de la tête. Il se tord dans tous les sens pour essayer d’en apercevoir l’origine, collant presque son grand nez sur ma vitre, il s’entête à grands coups de paluches à domestiquer l’épi. Rien à faire. Se redressant, l’œil plus noir que jamais, il examine l’image que je lui renvoie. Bien malgré moi, je vous assure. Si j’étais doté d’un peu d’odorat, je suis convaincu que je serai asphyxié par les effluves s’échappant de son costume sale. A vue d’objectif, il n’a pas dû voir le pressing depuis au moins deux mois. Ses épaules voûtées sous le tissu marron contredisent les traits de son visage, figés dans une expression de colère à peine contenue. J’espère que ce n’est pas encore un de ces cinglés qui se mettent à tout casser pour un rien. Mon rideau a déjà été remplacé trois fois cette année, l’écran est ébréché en bas à droite, alors cela suffit, merci bien. Après une dernière tentative, il décide de laisser ses cheveux vivre leur vie de révoltés capillaires, et insère les pièces. Il tente un sourire un rien crispé qui le rend encore plus menaçant. J’ai hâte qu’il s’en aille. Si seulement je pouvais accélérer le processus de développement des photos…
Cela doit faire deux bonnes heures que personne n’est entré dans ma cabine. Je commence à m’ennuyer ferme. Pourtant, cette gare en voit passer des voyageurs, il y en a bien quelques uns dans le tas qui ont besoin de quelques photos, non ?
Deux enfants viennent s’amuser, faisant tourner le tabouret. C’est qu’ils se croient sur un manège les chenapans ! Ils vont faire fuir les clients. Allez, ouste ! Ah – voilà la maman qui passe la tête par l’ouverture de la cabine, soulevant d’un doigt que je devine un rien dégouté le rideau vert. Alors Madame, on ne tient pas ses enfants ? Ah ! Quand la gouvernant n’est plus là pour les tenir, c’est plus la même chose, hein ? Elle se retourne quelques secondes et disparaît de mon chant visuel. Mais pourquoi ne les fait-elle pas sortir, bon sang ? Les gamins sautent de plus belle dans la cabine et sur le tabouret. Oh bon sang, mon tabouret. De retour, la blonde en robe à bretelles fines au cou orné de vraies perles celles-là, se penche me laissant apercevoir un fort joli décolleté…et glisse quelques pièces de monnaie dans la fente à côté de l’écran. Croit-elle vraiment que ces deux garçons vont se tenir immobiles assez longtemps pour que les photos soient de bonnes qualités ? Contre toute attente, Petit Blond numéro Un et Petit Blond numéro Deux se métamorphosent en statues de marbre, un sourire découvrant une dentition tout à la fois aléatoire et « aérée » plaqué sur leur visage enfantin. Je dois avouer que je suis stupéfait par leur discipline. Finalement, ils ont de bonnes bouilles ces deux-là.
Il est tard, il n’y a plus grand monde dans la gare. En hiver, à cette heure-ci, j’ai le cafard des soirées froides et lugubres, les pas des rares passants résonnant dans la grande gare vide. Mais en cette saison estivale, je suis de bonne humeur, même le soir. L’air de la gare semble presque sain, les moineaux virevoltent de concert avec les hirondelles sous les grandes voutes du hall. Voilà un couple. J’en ai souvent, surtout en cette période (beaucoup sont des touristes je pense), qui viennent se faire tirer le portrait en amoureux à moindre frais. La fille sur les genoux du garçon, parfois l’inverse pour ceux qui préfèrent l’approche humoristique. Certains optent pour des poses d’une ringardise que même moi, du haut de mes 25 ans d’activité, je déplore. Mais que voulez-vous, je ne peux résister devant tant de sentiments. Ceux-ci semblent être dans la moyenne, c’est-à-dire ni la version « on se touche juste avec la main, attention ton épaule est trop près de la mienne », ni « vas-y on fait les clowns, tire la langue, moi je fais le débile ». Elle est rousse, habillée façon bohème, avec une grande robe à fleurs type liberty. Lui, bronzé, porte un bermuda kaki et un polo turquoise. Ils gloussent un peu bêtement, cela doit être leur première fois en photomaton. Une sorte de concrétisation, une mise au grand jour de leur romance. Ah ces jeunes…Il fouille dans ses poches à la recherche de monnaie je suppose. Allons, dépêchons-nous jeune homme, tu ne vas tout de même pas la faire payer ? Eh bien, il était temps. Tiens, il donne le double ? Il aura donc deux séries de quatre. Il s’assoit sur le tabouret, puis se ravisant, se relève et le fait tourner afin de l’abaisser. Bien vu jeune homme, sans cela, ta Dulcinée aurait été « décapitée ». Pas très glamour. Gloussant de plus belle, ils s’installent, elle sur ses genoux, mais il semble qu’ils aient un problème à trouver la bonne position. Je me dis que je vais leur laisser un peu de temps pour s’ajuster. Mais rien à faire, ils gesticulent de plus belle dans l’espace exigu de la cabine, et toujours pas de pose. Je commence à lui trouver un rire un brin agaçant à la Rousse. Elle se tortille sur son Don Juan. Vont-ils enfin se tenir tranquille ? Je ne vais pas pouvoir retenir le déclencheur plus longtemps moi… Mais, mais, que font-ils ? Oh ! Mais, mademoiselle, cachez ce sein… !!! Sous le coup de l’émotion les huit clichés sont partis en rafale, comme un tir de mitraillette…
15:41 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
27.04.2011
Photo-mature
Par Librelulle
Ne pas trembler- Sourire ou rester sérieux? J'aurais du apporter une brosse.
Merde! Une heure que j'y suis.
Va-t'il me trouver beau? Pourquoi elle ne m'a rien dit? Un fils! Bon Dieu! J'ai un fils!
J'ai l'air con . J'ai toujours eu l'air con sur les photos. Une photo, quelle idée aussi! C'est bien d'elle.
« J'aimerais lui montrer une photo récente de toi avant votre rencontre »
Je suis trop maigre. Il va être déçu. Et s'il s'attendait à un père costaud, le genre viril et protecteur?
J'ai toujours été trop maigre. Je devrais enlever ma cravatte. Ça fait ringard, employé de bureau.
Heureusement que personne ne fait la queue!
22 ans. J'ai un gosse de 22 ans.
La garce!
Pas terrible la chemise blanche. Il faudra bien qu'il m'accepte comme je suis. Archéologue le gamin. Elle aura gardé mes cailloux. Lui ai tout laissé à cette garce.
Faut dire que j'étais con. Jamais là. La varappe et les copains.
Faut que je me concentre. Il me ressemble, elle a dit. Les mêmes yeux, le nez fin et long, jusqu'au creux au milieu du menton.
La garce!
Il grimpe aussi. Je nous y vois bien tous les deux. Têtu elle a dit. Tout ton portrait.
Tiens. On dirait que je souris.
Putain! Depuis quand je n'ai pas souri? Allez! C'est la bonne. Il l'aura ma photo ce petit con...
09:39 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
26.04.2011
Le premier pas
Par Kazie
Je sortais à peine du cinéma et de son ambiance tamisée que le brouhaha de la métropole m’atteignit. Ce n’était que le temps d’un instant qu’on s’en débarrassait avant qu’il ne revienne, comme un parasite duquel on ne se séparerait jamais. Peut-être que Paris se débarrasserait de moi avant que je ne me sépare d’elle. Ses formes envoutantes et ses édifices impériaux me toisaient dédaigneusement alors que je regagnais la bouche de métro. Ma place n’était pas dans ses rues, pas sur le bitume qui ne connaissait pas de repos. Inlassablement les gens le parcouraient. Bien que Paris, la ville lumière m’ait fasciné depuis toujours, elle ne m’emplissait plus depuis que j’y habitais. Je la contemplais comme un amant las de sa dulcinée. J’aurais à faire le premier pas.
Lucie avait quitté la salle avant moi. Je n’arrivais plus à me souvenir quand. J’étais tellement pris par le film que je n’avais pas prêté attention à elle. Peut-être qu’elle s’était sentie mal ou que le film ne passionnait pas autant que moi. C’était une fille que j’aimais bien, sans que je ne ressente une passion dévorante pour elle. Nous nous complaisions dans la routine de notre couple. J’essayais de lui faire découvrir la richesse du cinéma, mais elle préférait garder ses yeux rivés sur un quelconque bouquin. Elle était prête à satisfaire le moindre de mes désirs, tellement elle m’aimait, mais je n’arrivais pas à la sortir de ses romans. L’emprise qu’ils avaient sur elle était incommensurable. Si ce n’était pas elle qui dévorait les livres, alors c’était bien elle qui serait dévorée par un livre. Happée, elle ne pourrait plus que vivre dans son roman, sa fiction.
La faible lueur des réverbères m’accompagna tout le chemin vers le métro. C’est lorsque je passais devant une vitrine d’un magasin de fringues démodées que je remarquais combien j’étais fatigué et las. Las de courir vers un futur incertain et fatigué de déployer des efforts à mon convaincre que tout irait bien. Je n’étais pas un optimiste né, c’était indéniable. J’aurais voulu changer, mais à mon stade, cela paraissait tout simplement impossible. Lorsque j’étais plus jeune, c’était le manque de volonté qui m’avait fait avancer dans la voie dans laquelle je m’étais engagé il y a ce qu’il semblait être une éternité.
Le film traitait de l’envie de partir, de s’enfuir et de recommencer une vie. Un homme était à la poursuite de son amour de jeunesse alors qu’en réalité il fuyait sa vie. Ce n’est que lorsqu’il avait atteint l’Argentine et que la femme l’embrassait qu’il s’en rendit compte. Non seulement il vit que la poursuivre ne l’avait mené nulle part, si ce n’est en Argentine, mais il reconnut qu’il ne l’aimait pas. L’amour une fois découvert semblait fade à ses yeux. Et pour finir, l’homme s’était suicidé, comme pour se punir de quelque chose qu’il n’avait pas reconnu à temps.
Demain, je l’aurais déjà oublié et me rendrai encore au cinéma, pour passer le temps et tenter de me détendre.
Entre temps, j’avais atteint le quai. Connaissant les horaires par cœur, je savais que le prochain métro viendrait dans onze minutes. En face de moi trônait une affiche publicitaire pour un parfum pour homme. Le mannequin me jaugeait de son regard ténébreux. Une femme tenait tendrement sa tête, avançant les lèvres comme pour l’embrasser, mais lui s’en moquait. C’était moi la prochaine proie, sa victime.
Les minutes passèrent sans que je me rende compte que le temps s’était arrêté. L’horloge indiquait 23h40, il restait dix minutes d’attente. Je m’imaginais déjà dans le métro voyageant dans les souterrains de la capitale pour regagner l’appartement. Un SDF à moitié mort de fatigue et d’ivresse m’attendrait dans le métro. Une vague odeur de tabac froid se mêlerait à celle de l’alcool. Bien qu’il m’arrive de griller de temps à autres une cigarette, l’odeur du tabac froid me répugnait. Ce soir, j’aurais aimé pouvoir fumer pour tuer l’attente. Il semblait qu’une éternité soit passée avant que je commence à m’impatienter. Il était 23h40, plus que dix minutes d’attente. L’homme de l’affiche semblait cligner des yeux, tandis que la main de la femme m’envoutait en enlaçant de plus en plus ostensiblement la tête de l’homme. Je devais fabuler, les affiches ne prenaient pas vie. Je risquais un regard vers l’horloge qui indiquait toujours stoïquement 23h40. Alors le temps s’était bel et bien arrêté.
J’étouffais. Pour les dix minutes qui restaient je devais absolument retourner à la surface et envoyer un message à Lucie pour lui dire de ne pas s’inquiéter. Les escalators étaient en panne, comme toujours. Plus je remontais, plus une étrange impression se saisit de moi. Jusqu’à quel point pouvait-on être certain de ce qu’on vit ? Peut-être que ce n’était qu’une mascarade pour se convaincre qu’on vivait au travers de nos actes. Un jour la mort nous rattraperait, ce n’était qu’une question de temps. L’homme dans le film avait décidé d’arrêter son horloge en entrant dans l’eau glaciale de l’océan.
Le hall de la station de métro était aussi froid et déplaisant qu’au départ. L’impersonnalité du lieu me frappait pour la première fois ce soir. Certes, je ne m’attendais pas à des tapis rouges et des tapisseries, ce n’était qu’une station de métro, mais on aurait pu faire un petit effort pour mettre le voyageur à l’aise. Là même l’odeur qui flottait dans l’air – des effluves de parfum bon marché – répugnait le voyageur à s’éterniser dans ces lieux. On le poussait à continuer de s’agiter. Je n’avais que dix minutes, mais je resterais confiné dans cette ambiance sordide. Mon portable semblait avoir disparu. Peut-être que Lucie l’avait pris, même si c’était peu probable. Je devais donc me résigner à me dire qu’il était tombé de ma poche, même si je n’arrivais plus à me souvenir où.
Pour palier l’absence de connexion au monde moderne, je fis le tour de toute la station. Rien ne semblait indiquer un relent de civilisation. Le magasin de fringues était devenu intemporel, s’enracinant dans la routine de l’univers parisien. Et puis dans ma quête, je le trouvais finalement. Ni le métro, la civilisation ou Lucie, mais un vague souvenir d’un passé lointain. Ca semblait tellement improbable qu’il ait survécu tout ce temps que ça serait bien le seul pour qui je pourrais esquisser l’ébauche d’un sourire. Je réglais le siège à la hauteur optimale, m’asseyais et insérais finalement les pièces dans le mécanisme. Aucun bruit ne parvint à mes oreilles, jusqu’à ce qu’une lumière vive, presque blanche ne vienne m’arracher de ma rêverie. La vitre devant mes yeux rejetait toujours mon reflet. La même lumière réapparut. J’ai cru que tout était fini. Pour moi. C’était de la science-fiction. Je restais là à contempler le vide quand deux autres flashs m’arrachaient des grimaces de souffrance. Je m’oubliais. Un claquement sec me ramena à la réalité. Celle de l’attente, de mon portable disparu et celle du photomaton. Je sortais les photos délicatement, comme si ça avait une quelconque importance, vu qu’elles seraient de toute évidence ratées. Je me levai et quittai la cabine sans même leur jeter un regard.
Je redescendis sur le quai. 23h45. Plus que cinq minutes. J’en ressentais déjà un profond soulagement par le simple fait que la civilisation me rejoindrait si vite. Les photos n’étaient finalement pas si ratées que ça. J’y semblais plus en forme et plus serein. Un timide sourire venait égayer mon visage. Oui, j’y semblais même heureux, alors que je me morfondais dans une station de métro vidée de toute vie et de tout progrès.
Le métro déboula en trombe. Aucun bruit n’avait précédé son arrivée. C’était comme si il était sorti de mon imagination pour atterrir sur les rails dans un grincement de métal usé. J’entrai sans trop prêter attention aux éventuels. Mes sens étaient exacerbés. La porte se referma dans un claquement sec alors que je prenais place. Je clignai des yeux et vis en face un clown qui me souriait en indiquant d’un mouvement de tête les photos que je tenais lâchement. Mon regard retomba sur elles et lorsque je le remontais pour regarder le clown, il souriait toujours. A vrai dire, il faisait presque peur. « Vous aussi ? » me demanda-t-il. Je haussai les épaules, sans comprendre. L’instant d’après, les portes s’ouvraient sur une station. Je sortais et c’est seulement sur le quai que je me retournais. L’affiche du mannequin au parfum me toisait d’un air accusateur. L’horloge sur le quai indiquait 23h47. Je voulais sortir, ça n’irait jamais assez vite. L’escalator était ici aussi en panne. Ce n’est qu’au dehors que je me rendis compte que je venais de sortir à la même station où j’attendais auparavant. La ville n’était plus la même. Une brise nocturne agita les photos. Je les contemplais espérant découvrir un détail salvateur. J’y semblais plus jeune. Même mes mains tremblantes, avec lesquelles je tenais les photos semblaient moins ridées et lasses de marteler un clavier. J’inspirais à fond et me lançais dans les rues pavées sans plus savoir qui j’étais. Mais le clown, lui, souriait encore au coin de la rue.
14:24 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
Qui est-il ?
Par Claire
Depuis une heure qu’il est là, pas une seule photo n’est sortie du photomaton. Pas une seule. Assis sans bouger, il ne sait pas que depuis ma place dans ce RER je le vois. Bloqué à quai, les portes closes pour “accident grave de voyageur” et un haut parleur qui résonne dans les wagon “Nous faisons notre possible pour reprendre la route”. Depuis une peu moins d’une heure que nous somme bloqués, pas une seule photo de cet homme en cravate n’est sortie. Alors je l’imagine.
Jeune ex-cadre dynamique au chômage qui cherche du travail et doit faire des photos pour son CV loin d’être vide, il est assis. En sécurité derrière ce rideau, il s’énerve contre ceux qui ne lui ont pas encore répondu. Après les 60 lettres de motivation envoyées. Et ceux qui lui ont simplement écrit quatre mots des plus impersonnels sur une feuille A4 très bien pliée en trois dans une enveloppe à fenêtre. Il ne comprend pas pourquoi. Il ne convient pas aux postes pour lesquels il a “signalé son intérêt” et les services des ressources humaines qui restent muets. Une heure qu’il rumine et qu’il ne sait plus comment faire pour “montrer sa motivation” qui s’étiole au fil du temps. Payer son loyer c’est pourtant une motivation valable. Parcours sans tâche. Premier emploi. Finance, gestion d’actifs pour des tiers au sein d’une petite compagnie. Mais avec un patron alcoolique, il a fallu vendre. Et le repreneur est arrivé avec son équipe déjà constituée ou presque.
Les derniers arrivés ont été les premiers à devoir partir. Il a ramassé ses affaires personnelles dans un carton, le bureau qu’il occupait avec quatre de ses collègues s’amputait d’un de ses membres. Une dernière fois avant de partir il a regardé par la fenêtre qui donnait au ras du trottoir dans cet immeuble tout près des Champs Elysées. Sans nostalgie, juste avec l’amertume de s’est autant donné pour si peu. Depuis, rien. Il cherche à se vendre. À mettre en valeur le peu d’estime qu’il lui reste. Je peux l’imaginer sourire derrière son rideau, un sourire amer et en colère, sans désespoir. Il se reprend et n’abandonne pas, il veut travailler, il aime ça, sans cette faim d’occuper un bureau pour douze heures de sa journée il n’est rien ou si peu.
Ou alors c’est peut-être cet homme qui vient de préparer son voyage, son pèlerinage dans l’île où il a passé son enfance. Et son passeport à faire. Cuba jusqu’à ses seize ans. Puis le départ de son père à Toulouse et sa mère, son frère et lui qui repartent pour la France après seize années à vivre à La Havane. Qui le suivent sans broncher parce qu’ils n’ont pas le choix. Ses grands-parents maternels sont restés dans leur maison à là-bas, au milieu de ce haut lieu touristique qu’est la plage de Varadero. Lui, il se souvient simplement de l’odeur du marché et des milkshakes à la vanille qu’ils achetaient avec son frère et Juan son meilleur ami. Et les parties de volley avec les touristes en bord de mer. Juan est resté aussi. Parfois ils discutent par chat ou mail mais le décalage horaire leur fait préférer la deuxième solution. Toujours aussi complices, chacun s’est adapté au départ.
Ils le savaient quand ils se sont connus, qu’il ne resterait pas avec ses grands-parents s’il devait partir. Ils ne savaient pas quand. Alors ils ont profité de chaque moment sur place, des soirées dingues, les après-midis sur la plage avec Mina quand il pleuvait et que les européens rentraient à leur hôtel sécurisé. Eux n’attendaient que d’aller dans l’eau sous la pluie. Cet amour avec Mina aussi, sa peau contre la sienne, l’odeur de ses cheveux, le salé de ses larmes quand elle a appris qu’il l’abandonnait. Son premier grand amour. C’est con parfois la nostalgie. Et les premiers amours. Il n’a jamais pris de ses nouvelles. Douloureuse séparation d’adolescents. Il ne sait pas si elle est mariée, si elle a des enfants. Ce qu’elle fait. Ils voulaient ouvrir leur propre bar tous les trois. Ils avaient un tas de rêves s’approchant dangereusement de l’utopie. Comme des gamins. Ils s’étaient promis la lune et la plage. Mais son père est parti et il a du le suivre.
Peut-être même que cet homme est simplement au sein d’un tourbillon de doutes, de choix à faire qu’il ne parvient pas à dire. Peut-être qu’il rentre d’un rendez-vous qui l’a secoué, peut-être qu’il a pris cette décision irréversible de tout quitter et que depuis la peur s’égrène au rythme de son coeur. Il prend son pouls, un peu perturbé par ce qu’il a dit une heure avant à cette femme qu’il a croisé dans une soirée où la coke lui a éclaté le nez. Ce qui lui a murmuré. Qu’il ne voulait pas de ses nouvelles. Que cette nuit suffisait amplement. Peut-être qu’il ne sait pas où aller, ailleurs que derrière ce rideau. Peut-être qu’il est simplement fatigué d’attendre de se trouver potable sur une photo aussi.
Le RER s’ébranle. Je ne saurai jamais ce que cet homme attendait dans le photomaton. Du courage ou de la solitude protectrice.
11:31 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
24.04.2011
Narcisse
Par Kainu
C’est dans le métro que nous nous étions croisés pour la première fois.
Je passais devant elle chaque matin en sortant de la rame. Elle faisait en quelque sorte partie de mon quotidien. Elle attendait impassible dans un coin, je l’ignorais comme toujours avant de m'engouffrer dans les couloirs et de me laisser porter par le flux qui débouche sur les lumières de la rue.
Un matin pourtant, je décidai de lever le rideau, de briser cette indifférence glacée qui, si longtemps, nous avait séparés.
Après le bip d’avertissement prolongé, les portes se sont refermées. Inexorablement, je m'approchai d'elle. Seuls mes pas résonnaient au milieu des notes fades de cette musique d'ascenseur. Pas du tout intimidée pour ne pas dire facile, elle attendait immobile.
Son prix, comme ses prestations, était clairement affiché. J’ai payé d’avance, suis entré puis ai compris, sans que nous ayons eu besoin de nous parler, qu’il me suffisait de m’assoir devant elle.
Nos regards se sont fixés, le silence entre nous s’est étendu. Derrière le rideau, à l’abri des passants, je lui ai souri pour la forme. Dans son réduit, elle m’a ébloui puis a commencé doucement à ronronner.
Finalement, j’ai ouvert le rideau et l’ai laissée sans même lui avoir échangé un mot.
Je repartais seul avec mes souvenirs de mortel : elle venait de tailler mon reflet en 4 par 4 sur papier glacé.
10:21 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
21.04.2011
Des pressions
Par Aahraz
Il titubait trop. Aveuglé par la lumière blanche des néons blafards, il leva la tête, tant bien que mal.
La station était complétement vide. Dans ce grand hall froid, pendant un court instant, le silence se fit total. Même pas un métro roulant au loin, une voiture ou une sirène de police embrasant la nuit. Subitement, l'impression démente que le monde s'était arrêté de tourner s'empara de lui. Son regard s'attarda difficilement sur ce qui l'entourait, et seul le photomaton, d'apparence moderne, semblait vivre encore : une étrange aura se dégageait du néon violet qui aguichait, provocateur, quiconque passait à sa portée.
Il ressortit la Vodka de son manteau, en bu plusieurs gorgées et la posa sur le sol en refrénant un relent. Il connaissait bien cette station. Mais pleine. Pleine de gens, de bruits. Il la connaissait animée, assaillie, même, par des hordes de voyageurs pressés d'atteindre leur destination. Exactement comme lui : il se connaissait énergique, vivant, survolté, même. Et là, d'un coup, cette déprime, ce mal-être, et cette perte inestimable...
Il s'approcha du photomaton, et en tira le rideau. Dire que moins d'un an avant, ils étaient assis là! Une si belle rencontre... Riants, tout deux, amoureux, liés. 7 ans, en couple, entre les photomatons, les rires, les fêtes, à vivre une vie insouciante. Trop insouciante, peut-être. Et maintenant, comment oublier tout ça? Comment rencontrer quelqu'un à 15 ans, découvrir la vie avec, devenir adulte, puis devoir repartir seul, à 23?
Il la voyait presque, là, assise, à mettre les pièces, à rire sur les photos. Et il pouvait la sentir, maintenant, la toucher, surement, l'embrasser, certainement, lui dire qu'il regrettait, qu'il l'aimait ! Il tendit la main. Il pouvait peut-être la rappeler, la rattraper. Elle comprendrait, peut-être, elle regretterait aussi, et tout recommencerait! Sans les erreurs, sans les conneries. Ils pourraient s'asseoir à nouveau sur ce tabouret, et, ensemble, rire. Rire si fort en pensant qu'un jour, ils avaient osé croire qu'ils pouvaient se séparer!
Il tomba sur le tabouret du photomaton, et, dans le cadre de l'appareil, son visage apparu. Ce dernier était ravagé. Ses cheveux sales, noirs et hirsutes, cachaient un front proéminent, et l'un des yeux , cernés et rouges, semblait plus ouverts que l'autre, appuyant une lassitude clairement apparente. Ses joues creusées entouraient une bouche molle et flasque qui semblait ne s'ouvrir que trop peu, et; pour couronner le tout, en raison d'un accident, une grande cicatrice ronde dansait juste à coté de son oeil droit. Ce visage agonisant contrastait ironiquement avec son style vestimentaire : il portait un costume, et une cravate. C'était la seule habitude qu'il avait gardé de tout ça : s'habiller comme il le fallait.
Il était maintenant complétement avachi sur le tabouret, débraillés, les bras ballants, et ses yeux se fermèrent tout seuls. Dans un dernier soupir, alors que le panneau de commande du photomaton indiquait 03h45, il s'endormit, là, dans le calme trop lourd de cette station de métro maudite. Et derrière les néons blancs, seules les caméras de surveillance, de par leurs mouvements réguliers, empêchèrent le hall de sombrer dans l'immobilisme total.
Ce fut le bruit qui le tira de son sommeil. Il décolla difficilement ses yeux, noyé sous les vapeurs d'alcool. Il se frotta le visage alors qu'une migraine atroce le tenaillait. Le hall était plein à craquer. Des gens, partout, il y avait des gens qui marchaient, couraient, téléphonaient, sans faire attention à lui, sans lui accorder un regard. Le photomaton indiquait alors 09h00 du matin.
Par fierté, il se leva vite. Même si les gens ne le regardaient pas, ils le voyaient. En quittant la station, il reprit ses esprits : il avait divagué, il s'était perdu toute la nuit dans des romances à l'eau de rose, et jamais elle ne reviendrait. Il avait été remplacé, maintenant, tout simplement, et c'était bien mérité. Et pourtant, tout semblait encore tellement présent! Il devait passer à autre chose. L'oublier, oublier tout ça, même si au fond, il ne le voulait pas : tout semblait trop beau pour pouvoir être oublié.
L'épicerie était déjà ouverte. Il entra machinalement, acheta une bouteille de Vodka, et lorsque l'épicier lui lança son "Comme d'habitude, 12 euros!"; sans savoir pourquoi, il se mit à rire. "Comme d'habitude, ouais... Comme d'habitude."
20:45 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Un flash la nuit
Par Livvy
Elle fit signe à Florian qu’elle désirait quitter le bar, il acquiesça d’un signe de tête et ils sortirent sous les étoiles. Il faisait encore très chaud malgré l’heure tardive, Rebecca était heureuse de ne pas s’être encombrée d’un gilet, son petit haut brun suffisait amplement. Ils flânèrent,au son des claquements des sandales orange de la jeune femme. Elle se demandait que faire, il lui avait à nouveau beaucoup parlé de Michaela, mais elle avait l’impression qu’il la dévisageait autrement, avec une sorte de tendresse dans le regard. Elle réprima un sursaut de panique : et s’il la considérait comme une petite sœur ? Rien de plus horrible ne pourrait lui arriver, elle en serait dévastée ! Ils dépassèrent une bouche de métro et Rebecca, impulsive, saisit la main du jeune homme et le tira dans les escaliers. Il voulut lui poser des questions mais elle posa un doigt sur sa bouche et lui sourit. Elle lui désigna une cabine de photomaton. Il haussa un sourcil perplexe, elle rougit et balbutia :
– J’avais… j’avais simplement envie… d’immortaliser cette soirée, j’ai passé un très bon moment avec toi, mais nous ne sommes pas obligés, c’était une idée comme ça, je…
Les joues du jeune homme se creusèrent et son sourire rassura Rebecca. Il sortit quelques pièces de ses poches et poussa son amie dans la cabine. Il glissa les pièces dans la machine, Rebecca eut une moue un peu figée et Florian la chatouilla. Elle bondit alors que le flash les aveuglait à moitié, se tourna vers lui d’un air faussement scandalisé :
– C’est malin, bravo, je vais avoir une tête d’ahurie !
– Mais non, tu seras ravissante, comme toujours.
Le souffle coupé par le compliment, elle le dévisagea intensément, mais il ne le remarqua pas, concentré sur le bruit qu’émettait l’appareil pour imprimer leurs photos. Elle remit en place quelques mèches qui n’en avaient nul besoin pour se donner une contenance, inspecta ses ongles et releva la tête lorsque Florian brandit le rectangle coloré.
20:43 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
« joindre 4 photos d’identité »
Par Sabrina Mothu
« A votre dossier, joindre 4 photos d’identité….. »
Bon, je les ai rangées où, ces put*** de photos ?? c’est toujours pareil, elles ont trainées sur le bureau pendant 15 jours, et maintenant je les cherche…..
« qui a touché aux photos sur le bureau ????
- ….
- Je parle, je crie même…. alors qui a touché à mon bureau ???? Pas de réponse, Y a quelqu’un à l’étage ???? comme d’habitude c’est personne. De toute façon, c’est toujours moi qui range. »
Pas dans le tiroirs du haut, ni celui de droite…..
» – regardes dans ton sac, elles doivent y être encore ….
- ça, c’est pas possible, je les aurai vu quand même !!!!!
- et dans la voiture ???
- je vous dit qu’elles étaient sur mon bureau
– …. »
Bon pas le choix, direction le photomaton….. Alors d’abord combien de pièces ai-je ???
« - Qui a de la monnaie, j’ai besoin de 5 euros en pièces…
- tu vas au pain ??
- non je vais refaire mes photos,
- je croyais quelles étaient sur ton bureau…. »
Je claque la porte, je fouille dans le vide poche de la voiture, je mets le contact et direction le supermarché….
Mais c’est pas vrai, il est fermé…. Bah, il n’est que 15h30 que se passe-t-il ??? Ah oui c’est vrai, nous sommes dimanche et à Orléans tout est fermé le dimanche…. Y a pas le choix, la gare….
Je me gare, je rentre dans la gare dition photomaton, quelle chance personne… Je m’installe et j’écoute telle une boonne élève la voix du charmant monsieur et 3 minutes plus tard elles apparaissent.
Je les range soigneusement dans mon sac à main. Dans la poche où je range les choses à ne pas perdre,…. juste à côté des photos que j’ai déjà faite il y a 15 jours….
20:42 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
20.04.2011
Tout seul
Par Angelita
Je dois faire des photos pour mon passeport. Et bien entendu des photos conformes à la loi française. C’est ce qui est indiqué par ce photomaton. Ouf, tant mieux, je n’aurais pas besoin de revenir à la mairie parce qu’il manque des papiers et parce que ma photo n’est pas conforme.
Quel sentiment de solitude, le photomaton. En plus, comme tu le vois, la station de métro est vide. On ne sait pas s’il fait jour ou s’il fait nuit.
Je ne sais pas si quelqu’un peut me voir, pourtant tout a l’air vide. Il n’y a même pas un SDF.
Solitude car tu entres dans une petite boite. Certes, tu n’es pas enfermé parce qu’il y a un rideau. Mais bon, quand tu t’assoies sur le tabouret, cela ne va jamais, il faut que tu le remontes ou que tu le rabaisses pour que ton visage soit conforme aux instructions. Pas de bijoux, pas de lunettes, pas de foulard. Et je fais comment pour voir sans lunettes. Je suis myope comme une taupe.
Bon, je suis assis sur ce fichu tabouret, sans mes lunettes. Que dois-je choisir comme photos ? Un groupe de 4, un lot de 8 ? Que je ne me trompe quand je vais appuyer sur le bouton.
Heureusement que j’ai vérifier dans mon portefeuille si j’avais de la monnaie. Les rares magasins sont eux aussi fermés et adieu les photos. J’aurais dû repasser ou pas. Mais mince, il me le faut ce passeport. Je dois partir pour le boulot. Si je ne pars pas, c’en est fini très bientôt de ma carrière.
Voilà j’ai mes pièces, je les mets dans la fente et c’est parti. Que la voix IRL est moche, elle veut vraiment te donner l’envie de fuir avec son compte à rebours. Tu ne sais jamais quand ça va tomber. Ca y est je suis aveuglé. J’ai dû fermer les yeux avec ce flash. Maintenant, il faut attendre que les photos sortent.
La tronche, j’espère qu’ils ne vont pas me prendre pour un taliban avec ma barbe. La barbe n’est pas interdite pour les photos d’identité, j’espère.
18:15 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
L'Endimanché
Par Monsieur Normal
Je suis l’endimanché.
Mes amis de l’apéro dominical ricanent.
Pour eux, mon style, mes efforts et mes choix sont vains, ce ne sont que des bouts de tissus par dessus de la chair éphémère. Leur volonté de ne ressembler à rien étant ce qu’elle est, farouche, il me couvrent de quolibets, de la tête aux pieds. Me voilà doublement bien habillé.
Mais qui se souvient le dimanche, vers 11h45, alors que les verres se vident sur le feu des tapas, attisés au soleil zénithal, que dans quelques heures grossira l’infâme, celle qu’on appelle la boule, celle qui rajoute dans nos cœurs quelques unes de ses tonnes oubliées d’acide étouffant ?
Elle annoncera, je le sais déjà, l’urgence de reprendre des forces pour demain où tout recommencera. Ou tout s’arrêtera, c’est selon.
Moi, je ne la dilue dans rien, la regarde toujours en face et aujourd’hui je suis prêt. J’ai passé des années à trier, classer, essayer des tonnes de fringues. Car débloquer l’ultime étape sur laquelle je butais dans ce voyage insensé nécessitait la tenue idéale.
Je l’ai !
On a, jusque sur ce forum, raillé mes chaussures Richelieu de chez John Foster, prétendu que de loin sur la photo, elles semblaient des tennis blanches qui ne s'assortissaient d’aucune manière avec un pantalon foncé ?
On ne voit que ce que l’on veut.
Et j’aurais surement baissé les bras si Dali ne m’avait dit :
- Toi, je te vois, tu es l’œuf. Assis-toi prêt de moi. Et quand la foule aura passée, pressée par ce lundi toujours recommencé, fulgurant pourvoyeur de fumier, toi, par cette cabine automatique, photographique, fantasmagorique, tu passeras de mon côté. Viens ici, tu verras.
Depuis, après des heures, des années d’attente, aucun lundi n’est revenu.
Je vis auprès du fou.
Je suis bien assis.
Sans aucune idée de l’heure qu’il est.
Délivré.
18:11 Publié dans Jeu n°6 | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note






